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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 15:11

Albert-Eugène Edouard Decarpentry (1878-1956)

 

 decarpentryprofesseur

 

Ecuyer du début du XX siècle. Il fit partie du cadre noir de Saumur et fut juge international de dressage. C’est l’un des rares écuyers adepte de la légèreté et de la haute école à s’être intéressé à la compétition de dressage.

 

« Plus un procédé est puissant, plus les dangers de son application sont grands. » Cette phrase résume bien l’état d’esprit de son auteur, le général Decarpentry. Ce dernier recommandait toujours à ses élèves et à ses lecteurs la plus grande prudence dans le dressage de leurs chevaux. Il fut l’un des premiers écuyers à s’intéresser de près à la compétition de dressage. Il vit très vite les difficultés pour un cavalier qu’il y avait à vouloir la pratiquer et les excès que sa pratique pouvait amener. L’étude de l’œuvre équestre du général Decarpentry peut nous amener à nous interroger sur les liens entre compétition de dressage et haute école et entre équitation militaire et haute école.

 

Biographie :

Decarpentry naît dans une famille plutôt aisée, son père est polytechnicien et éleveur. En 1904, à l’age de 26 ans, il entre au Cadre Noir de Saumur comme élève-officier. Il se passionne pour l’équitation et plus particulièrement le dressage. En 1916 il se blesse au coude. Son médecin le prévient qu’il risque d’être ankylosé, il lui demande de pouvoir garder « la position de la main de bride ». En 1925 il devient le commandant en second de l’école d’équitation de Saumur. Il le reste jusqu’en 1931. C’est durant cette période que le général Decarpentry est l’instructeur de Xavier Lesage, futur champion Olympique de dressage. Le général est salué par Wattel, un autre brillant écuyer du début du XX siècle, comme le « plus savant » écuyer de sa génération.

Attiré sans doute par la compétition, Decarpentry devient en 1933, juge international de dressage. C’est face aux erreurs de certains candidats français, qui commencent la haute école avec des chevaux ne maîtrisant qu’à peu près la basse école dit-il, qu’il a l’idée d’écrire son ouvrage le plus connu, Equitation académique. Après la seconde guerre mondiale, en 1947 il préside le jury de la Fédération Equestre internationale (FEI) pour les épreuves de Dressage. Il le préside jusqu’en 1956, date de sa mort.

 

La compétition de dressage durant la première moitié du XX siècle :

Le début du XX siècle est marqué, en équitation, par un paradoxe. C’est le début des compétitions de dressage internationales et c’est également une période de recul et de décadence de la haute école. La crise de cette discipline est à tel point avancée qu’en 1930 il fut même question de retirer les airs de haute école des programmes des épreuves de dressage, même les grands prix. Cette crise de la haute école s’explique par le fait qu’il n’existe pas au début du XX siècle en France, et même à l’étranger, exception faite de l’Autriche, de conservatoire d’art équestre. De plus les derniers grands maîtres de la haute école, qui en France sont les maîtres Bauchériste qui avaient émerveillé les foules au XIX siècle par leur tact équestre, disparaissent tous les uns après les autres. L’un des derniers de ces maîtres, le général L’Hotte meurt en 1904. Il devient alors très difficile pour la grande majorité des cavaliers de trouver un enseignement sur la haute école. Seul subsiste l’enseignement écrit. Ce dernier n’est pas toujours facile d’emploi et nécessite beaucoup de temps pour expérimenter en selle ce qui a été lu. Ce temps fait souvent défaut. Ainsi s’explique que l’on voit souvent des cavaliers présenter lors des concours de dressage des chevaux maîtrisant moyennement la haute école et encore plus mal la basse école, car celle-ci a été rapidement expédiée afin de passer aux exercices les plus difficiles. Le dressage de beaucoup de chevaux au début du XX siècle s’édifie sur des à peu près. Ce phénomène est aggravé à partir de 1929 par la crise économique qui frappe progressivement le monde entier. En effet les classes moyennes voient leur pouvoir d’achat chuter et leur niveau de vie diminuer. Les loisirs, comme l’équitation, comptent parmi les premières dépenses à être abandonnées. Seuls continuent à pratiquer l’équitation les plus riches. Leurs moyens financiers leur permettent d’acheter les meilleurs chevaux, afin de compenser les difficultés équestres que l’enseignement, faute de maîtres en nombre suffisants, ne peut que difficilement résoudre. Commence alors une nouvelle pratique dans les compétitions équestres, celle qui consiste à ne présenter en concours que les meilleurs modèles de chevaux, ceux qui ont déjà naturellement les caractéristiques du cheval dressé. Cette pratique amène l’élevage à faire des progrès considérables et à produire des chevaux d’une qualité à peine imaginable quelques décennies plutôt. Cela amène également l’art équestre à être négligé, plus question de passer des années à apprendre à dresser un cheval en haute école, on préfère acheter le meilleur cheval, celui capable d’exécuter tous les airs naturellement.

Ce déclin de la haute école est encore accentué par un profond changement qui s’opère durant la première moitié du XX siècle. La fin de tout emploi du cheval autre que pour le loisir. Le cheval ne sert plus ni aux transports, ni au travail des champs, ni au combat. Plus besoin donc d’une technique équestre aussi affûtée qu’auparavant. L’équitation n’est plus qu’un loisir. C’est à cette époque, au début du XX siècle, qu’en France, l’armée devient l’un des derniers refuges de la haute école. C’est au début de ce siècle que la haute école fait véritablement son entrée au Cadre Noir de Saumur, alors que ce n’était jusque là qu’une simple école d’officiers de cavalerie. Le Cadre Noir commence alors à devenir un conservatoire d’art équestre. Les militaires de Saumur sont à tel point isolés dans leur pratique de la haute école en France que jusqu’au début des années 1950 tous les concurrents français des concours de dressage internationaux seront exclusivement choisis parmi eux. La cavalerie qui avait inventé pour ainsi dire la haute école entre le XVI et XVIII siècle et semblait l’avoir abandonnée au XIX siècle, semble la retrouver durant l’entre deux guerres.

 

L’équitation Académique :

La manière du Général Decarpentry est incontestablement bauchériste. Flexions, pirouettes renversées et valse sont les principaux procédés employés par le général, tous inventés ou recommandés par Baucher. La recherche de la légèreté est le souci principal du Général, tout comme elle était celui de Baucher et l’admiration de Decarpentry pour cet écuyer est bien connue. Cependant l’équitation de Decarpentry comprend un certain nombre d’éléments provenant de l’équitation ancienne, de l’école de Versailles. Par exemple l’épaule en dedans ou les appuyers. Ecuyer extrêmement cultivé, le général Decarpentry ne s’en est pas tenu aux enseignements de Baucher et de ses successeurs, il s’est bien évidemment intéressé aux textes de La Guérrinière et autres Pluvinel.

L’équitation du général Decarpentry se caractérise aussi par une certaine importance donnée au reculé. Comme test afin de savoir si le cheval est prêt à aborder la haute école, comme air utile lorsque l’on monte en extérieur mais aussi et surtout comme exercice gymnastique pour le rein et le dos. Decarpentry semble désapprouver les allures espagnoles qui selon lui modifient le jeu naturel des membres du cheval.

Enfin le général utilise également le travail à pied, à la longe, aux longues rênes et aussi aux piliers pour dresser ses chevaux. Le travail aux piliers avait presque disparu du paysage équestre, sinon mondial, au moins français depuis la fin du XVIII siècle.

En tant que juge de dressage et président du jury de la FEI pour les compétitions de dressage Decarpentry souhaitait faire tout son possible pour limiter les mauvaises pratiques auxquelles pouvais mener la compétition de dressage. Il souhaitait maintenir l’art équestre dans la compétition. On peut constater son échec au travers de quelques exemples. L’impasse faite sur le trot d’école lors des reprises, même de grand prix. La préférence attribuée aux allures naturelles amples et rasantes et aux gestes spectaculaires au détriment de tous les autres modèles de chevaux. La présentation de chevaux maintenus artificiellement par leurs cavaliers en équilibre aux moyens de leurs mains, situées trente bons centimètres au dessus du garrot. Les temps de suspension lors du  passage de beaucoup de chevaux de compétition qui sont bien d’avantage marqué sur leurs mords que sur le sol. Et l’ont pourrait en citer bien d’autres. Mais que faire quand ce sont les juges eux-mêmes qui ne respectent pas le règlement des compétitions de dressage ? Un seul exemple sera cité, le trot d’école. Ce trot rassemblé est normalement imposé aux candidats par le règlement lorsqu’ils effectuent un appuyer lors d’une reprise Saint-Georges. Cependant les juges mettent une note sanction à tout cavalier qui présente un cheval faisant des appuyers dans un trot insuffisamment étendu au cours de cette épreuve. Le général Decarpentry décrivait le trot d’école comme la pierre de touche du dressage. Cela est souvent oublié par ceux qui sont les premiers à reconnaître les qualités de son œuvre écrite.

 

Excellent praticien, le général Decarpentry fut avant tout un excellent professeur d’équitation. Son but équestre principal était moins d’améliorer les procédés de dressage des chevaux que de trouver la meilleure manière de les enseigner. C’est sans nul doute l’une des principales raisons qui motivèrent son œuvre écrite, qui lui apporta plus de renommée que ses nombreuses réussites équestres. Le général Decaprentry ne souhaitait pas vraiment exposer sa méthode. Il souhaitait avant tout donner au plus grand nombre de cavaliers possibles l’accès aux connaissances permettant de dresser un cheval jusqu’en haute école.

 

Fortement impliqué dans les compétitions de dressage le général Decarpentry sert avant tout de référence aux cavaliers pratiquant ce que l’on nomme aujourd’hui l’équitation artistique. Cette même équitation qui boude les compétitions et est regardée de haut par les compétiteurs. Ainsi C’est Nuno Oliveira, et non les jurys de dressage, qui recommandait la lecture de L’équitation académique.

 

 

 

Ses principaux élèves :

Xavier Lesage

 

Ses livres :

L’école espagnole de Vienne

Baucher et son école

Piaffer et passage

Equitation académique

Les maîtres écuyers du manège de Saumur

L’essentiel de la méthode de haute école de Raabe

 

Bibliographie :

Decarpentry, Alber-Eugène, Equitation académique, Lavauzelle, 1991

Henriquet, Michel, Comportement et dressage, Belin, 2009

Bragance, Diogo de, Equitation de tradition française, Belin, 2005

Karl, Philippe, Dérives du dressage moderne, Belin, 2006

Henriquet, Michel, « l’art équestre », Encyclopédia Universalis, 2011

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