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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 11:34

 

Etienne Beudant (1863-1948)

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            Etienne Beudant est un écuyer bauchériste de la fin du XIX siècle, aujourd’hui assez peu connu. Il provoqua l’admiration de ses contemporains pour les incroyables difficultés équestres qu’il parvenait à surmonter.

 

« Vous êtes l’écuyer le plus mirobolant que je connaisse. » c’est par ces mots que le général Decarpentry, d’un naturel pourtant réservé, désignait le capitaine Beudant. Cet écuyer vécu à la fin du XIX siècle et au début du XX. C’était une période d’importants changements technologiques, politiques et militaires, ce qui eut, entre autres choses, beaucoup d’influence sur l’équitation. Les tournants des XIX et XX siècles fût une période d’importante évolution pour cet art. Beudant y participa. Il fit l’admiration de ses contemporains pour sa maîtrise en selle. Pourtant il est aujourd’hui assez peu connu. C’est l’ambition de cet article que d’éclairer un peu cette haute figure de l’art équestre.

 

Biographie :

Beudant naît en 1863, sous le second empire. En 1883, âgé d’a peine vingt ans, il s’engage volontairement dans le 23° régiment des dragons à Meaux. Il se trouve placé sous les ordres d’un brillant écuyer, le colonnel Faverot de Kerbrech. C’est lorsqu’il arrive dans ce régiment que Beudant découvre l’équitation. En 1887 il entre à Saumur comme élève-officier. En 1889 il fait une chute lors d’une épreuve de steeple-chase. Il en suivra 8 jours de coma, mais il s’en sortira indemne. En 1892 il passe une année dans le montana. A son retour en France, en 1893, Beudant est nommé administrateur d’une commune mixte en Algérie. Durant les 10 années suivantes, il signale le dressage de 5 chevaux. En 1897 il fait une chute qui lui vaut 4 mois d’hôpital.

En 1903 Beudant se procure le livre de Faverot de Kerbrech Dressage méthodique du cheval d’après les derniers enseignements de Baucher recueillis par un de ses élèves. Beudant achète à ce moment là une jument de trait et entreprend de la dresser en suivant les principes de ce livre. Il réussit et commence ainsi à pratiquer la haute école.

En 1913 il devient officier de renseignements au Maroc (car il parle l’arabe et connaît bien les populations locales), puis officier des remontes et haras marocains. En 1915 Beudant fait une nouvelle chute qu’il paye de 6 mois d’hôpital. En 1917 Il tombe encore une fois. Cette fois la chute est grave, Il a des lésions sur les hanches. Il ne s’en remet jamais totalement.

En 1922, à l’age de 59 ans, Beudant se retire à Dax. En 1925 il parvient à surmonter la douleur provoquée par ses blessures aux hanches et entreprend son dernier dressage, celui de la jument Vallerine. Beudant n’a  alors, suite a ses nombreuses chutes presque plus aucune mobilité au niveau de son bassin et pas d’avantage de ressources physiques. Il réussit néanmoins à dresser Vallerine en haute école. Il entreprend ce dressage à la demande de deux de ses admirateurs, deux officiers hollandais qui souhaitaient s’initier à sa méthode. Beudant vend la jument à l’un de ses amis en 1927. Il est désormais trop affaibli pour monter à cheval. Bien des années plus tard, en 1947, Il reçoit la visite d’un écuyer amateur, René Bacharach. De cette rencontre naît le projet de Beudant de rééditer et de réécrire son principal ouvrage Extérieur et Haute école. Pendant près d’un an les deux hommes échangent une abondante correspondance autour de ce projet qui est très près d’aboutir. Malheureusement la mort de l’écuyer en 1948 arrête tout et le livre ne sera publié, sous sa forme inachevée, que bien des années plus tard.

 

L’équitation à l’époque de Beudant :

La fin du XIX siècle est la période de remise en question de la place de la cavalerie dans l’armée. Après la défaite de la France face à la Prusse en 1870 on cesse progressivement de voir la cavalerie comme une arme de choc et on dédaigne ses charges sur le plan stratégique. Les mécanisations toujours plus importantes des armées au début du XX siècle ne font qu’accroître cet état de fait. On confie désormais à la cavalerie des missions de renseignement. Cela change considérablement de ce que l’on attend des cavaliers et des chevaux dans l’armée. Ces missions au long cours nécessitent des chevaux endurants et des cavaliers solides en selle. L’entraînement physique des chevaux devient alors plus important que leur dressage. Cette dernière discipline jusque là sauvegardée par les militaires pour le besoin qu’ils en avaient devient de plus en plus rudimentaire dans les régiments.

L’équitation de loisir ou civile est quand à elle dominée par les courses et les concours hippiques. Ce qui a de lourdes conséquences sur les modèles de chevaux employés de part le monde. Aux chevaux souples et naturellement établit sur les hanches que l’on employait jusqu’ici, et qui étaient le plus souvent d’origine ibérique, on préfère les chevaux rapides à l’équilibre naturel sur les épaules, et, pour les épreuves de saut d’obstacle, de grand gabarit. De plus les concours hippiques et surtout les courses, d’endurance, de trot ou de galop, on de très hautes exigences en matière de performances physiques. Ainsi dans l’équitation civile l’entraînement physique des chevaux prévaut également sur leur dressage.

Beudant vit à une époque ou le dressage classique, la haute école, sont en régression. Les difficultés équestres qu’il surmonte semblent alors d’autant plus incroyables à ses contemporains que la majorité d’entre eux ne pratique absolument pas cette discipline. Beudant fait travailler ses chevaux en haute école, leur faisant exécuter des pirouettes, des piaffés et autres pas espagnols. Ceci lui vaut d’être vu comme un brillant écuyer certes, mais également comme un original et parfois comme un sorcier. Il semble d’autant plus à part, en matière d’équitation, à ses contemporains qu’il prend partie dans une controverse équestre de son temps. Beudant s’oppose  au capitaine de Saint Phalle au sujet de l’entendement des chevaux. Ces deux écuyers bauchérisants sont en profond désaccord sur ce point. Saint Phalle pense que les chevaux ne comprennent rien à leur dressage, qu’il ne s’agit que de les gymnastiquer et de mettre en place des réflexes, il va presque jusqu'à en faire des sortes de machines. Cette opinion à beaucoup de partisans à l’époque de Beudant. Ce dernier pense qu’au contraire les chevaux comprennent et cherchent constamment à comprendre ce qu’on leur veut. Là se trouve l’origine de sa méthode de dressage basée avant toutes choses sur la clarté de l’emploi des aides.


La manière de Beudant :

Le premier principe de dressage de Beudant, son principe fondamental, est l’emploi alterné des aides. Ne jamais employer simultanément les aides propulsives et les aides de retenue. On peut résumer cela par la formule très connue de Baucher : « mains sans jambes, jambes sans mains ». Beudant veut ainsi rester le plus clair possible pour son cheval. Il veut éviter de créer chez lui la confusion ce qui génère des résistances et s’avère donc nuisible à son dressage et à son utilisation. Beudant veut également respecter les limites du cheval, ne jamais lui demander plus qu’il ne peut donner. Il parvient ainsi à maintenir son cheval joyeux au travail et préserver sa bonne volonté au lieu de provoquer chez lui l’épuisement et l’écoeurement. Toujours dans un souci de clarté pour le cheval et afin de limiter chez le cavalier les occasions de commettre des erreurs Beudant simplifie toujours plus sa méthode. Il en arrive même durant le dressage de certains de ses chevaux à se passer complètement des exercices d’assouplissement et des déplacements latéraux. Pour Beudant l’objectif est de se rapprocher toujours plus des lois de la nature, des déplacements naturels du cheval, du jeu naturel de ses membres. Il disait souvent « regarder le cheval libre et réfléchir ».  Beudant voulait imiter la nature, styliser les allures naturelles des chevaux. En fait Beudant emploie des procédés bauchéristes, mais son état d’esprit est très proche de celui des écuyers du XVIII siècle. La philosophie équestre de Beudant correspond à celle de l’équitation classique des anciens.

Beudant pratique la haute école, mais pas seulement. En tant qu’agent de renseignement il est amené à pratiquer une équitation d’extérieur. Il pratique également la course et le saut d’obstacle. Cela l’a amené à dire que la haute école n’est pas incompatible avec ces disciplines, elle est même, pour lui, une excellente préparation à leur pratique. Elle rend le cheval docile, souple, endurant et très fort physiquement et permet à son cavalier de le connaître sous tous ses aspects.

Beudant, comme beaucoup de maitres équestres, a été amené à pratiquer l’équitation sur de très mauvais chevaux. Parfois même, comme pour sa jument Haïma, des chevaux dont la conformation ne permettait pas le ramener[1] si cher au dressage classique. Beudant fera pourtant travailler cette jument en haute école. Il émet l’idée que le ramenern’est pas absolument nécessaire dans le dressage d’un cheval, même en haute école, que l’on peut parfois complètement s’en passer. Beudant admet cependant que l’on ne réussit pas toujours sans ce ramener et que c’est un élément qui met énormément le cheval en valeur lorsqu’il travaille.

 

« Ce n’est pas la méthode qui est difficile, c’est l’équitation » disait Beudant. Cet écuyer a surmonté des difficultés équestres inconnues jusqu'à lui, telles que les appuyers au galop en reculé ou le trot espagnol[2] sur place. Dans le dressage de ses chevaux les mécomptes sont inconnus et ses traités d’équitation comptent parmi les plus clairs et les plus précis qui soient. Cependant l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’équitation est que Beudant n’as pas eu d’élèves. A sa mort il ne s’est trouvé personne qui soit dépositaire de son savoir et apte à le transmettre. Beudant était une personnalité discrète en une période de grands changements pour l’équitation, tant sur le plan technique que sur celui de la place réservée à cet art. Beudant s’est tenu à l’écart de ces perturbations, préférant monter ses chevaux pour lui-même et sans chercher à faire valoir ses résultats.

 

Beudant est un écuyer bauchériste. Il emploi les procédés inventés par François Baucher alors que ceux-ci font débat dans le monde de l’équitation. Sa manière relève cependant du dressage classique de part son état d’esprit. Beudant ne cherche qu’à imiter la nature, il ne souhaite pas repousser les limites des chevaux, mais celles de l’équitation. Son art est fondé sur le respect et l’amour du cheval. Beudant n’a pas eu d’élève ou de continuateur direct. Cependant son état d’esprit classique et certains de ses procédés bauchérisants se retrouvent chez certains de ses contemporains, comme le général Decarpentry, ou chez certains écuyers plus récents tels que Nuno Oliveira, ou, plus récemment encore, Philippe Karl.

 

 

 

Quelques uns de ses chevaux (avec les dates d’utilisations lorsqu’elles étaient disponibles) :

Baktha (1903- )

Haïma (1907-1910)

Vieux Jeux II (1908-1910)

Robesart II (1910-1916)

Mabrouk (1914-1916)

Iris (1915-1916)

Nethou II (1916-1917) « Il piaffait sans rênes et sans jambes aussi longtemps que son cavalier le désirait » disait Beudant.

Mimoun (1919-1922) «Je crois qu’un animal dépourvu des qualités nécessaires à un bon cheval d’extérieur peut faire un cheval d’école honorable ».

Vallerine (1925-1927)

 

 

Ses principaux ouvrages :

Main sans jambes

Extérieur et haute école (édition de 1923 et réédition de 1948)

Vallerine

 

 

Bibliographie :

Beudant, Etienne, Extérieur et haute école, éditions acte sud, 2008

Beudant, Etienne, Vallerine, Favre, 2006

Bacharach, René, « La haute et discrète figure du capitaine Beudant », L’année hippique, n° 24, 1966

De Bragance, Diogo, L’équitation de tradition française, Belin, 2005

Henriquet, Michel, "L'art équestre ", Encyclopédia Unversalis, 2011



[1] Position prise par la tête et l’encolure du cheval dans laquelle l’encolure s’arrondit, la nuque en devenant le point le plus haut, et le chanfrein se rapproche de la verticale.

[2] Allure dite de fantaisie dans laquelle le cheval trotte avec une cadence très ralentie tout en tendant ses membres antérieurs a l’horizontale à chaque foulée.

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