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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:25

Bonjour à tous,

 

Je vous écrit pour vous informer que je suis enseignant d'équitation indépendant. Voici un lien vers mon site Internet professionnel. Pour ceux qui souhaitent prendre des cours d'équitation vous y trouverez toutes les informations nécessaires.

 

https://rafaeltherondequitationclassique.wordpress.com/

 

Bonne journée à tous.

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 10:47

Rencontre avec M. Georges Fizet.

 

Auteur de deux livres sur le dressage et ayant remporté plusieurs fois le master International du cheval ibérique M. Georges Fizet est également éleveur de chevaux Pur Sang Lusitaniens et entraîne des cavaliers de dressage concourant au niveau international.

J’ai eu la chance de le rencontrer cet été dans son haras, situé dans l’Ain, où il m’a dispensé plusieurs leçons.

Voici donc l’histoire de cette journée que mon cheval, un entier de 11 ans de race arabo-frisonne nommé Vulcan, et moi-même garderons en mémoire longtemps.

Nous sommes arrivés en milieu de matinée après quelques heures de route. Après avoir mis Vulcan au box préparé par M. Georges Fizet à son attention je me suis rendu au manège où j’ai pu voir Marine Valot, cavalière de dressage de niveau international entraînée par Georges Fizet, monter pendant que mon hôte me commentait son travail et son parcours personnel tout en me posant quelques questions pour mieux me connaître. M. Georges  Fizet m’a rapidement mis à l’aise et j’ai découvert quelqu’un de très respectueux des chevaux et des cavaliers, très cultivé et très attentif aux détails. « Dieu est dans les détails » est sans doute l’une des phrases que M. Georges Fizet répète le plus souvent.

Le cheval qui travaillait dans le manège me permettait de me rendre compte qu’ici le respect, la légèreté et la culture n’étaient pas seulement un discours creux ou une déclaration d’intention. Les aides de Marine sont à peine visibles et son cheval est parfaitement rond. Il enchaîne appuyers, épaules en dedans et départ au galop avec une facilité déconcertante tout en restant très précis dans son tracé. Rien ne semble bouger chez ce cheval ou sa cavalière hormis ce qui est indispensable au mouvement demandé.

Après cette conversation et cette démonstration je me rends à l’écurie pour préparer mon cheval. Une fois Vulcan pansé et sellé me voilà dans le manège. Dès que celui-ci a posé un sabot sur la piste le voici l’encolure redressée, les oreilles et le regard pointés vers les grandes glaces présentes au fond de la surface de travail. Je le sens tendu et je comprends qu’il n’en n’a jamais vu de sa vie. Vulcan est entier et il se demande qui est cet autre cheval qu’il voit devant lui.

Je monte sur son dos sans réussir à l’immobiliser totalement au montoir et nous voilà partis. M. Georges Fizet s’assoit dans la tribune et, alors que mon père démarre la caméra pour enregistrer le cours, me dit de travailler quelques minutes comme si j’étais tout seul. Je commence donc ma détente alors que M. Georges  Fizet reste silencieux et prend des notes sur un cahier. Rapidement mes défauts ressortent, j’ai les épaules en avant, les pointes de pieds écartées, les mains également et je regarde par terre. Les problèmes de Vulcan apparaissent également, son dos est un peu creux, il manque d’énergie et s’occupe surtout de tout ce qui se trouve autour du manège.

Après avoir trotté et galopé aux deux mains, M. Georges Fizet me fait m’arrêter près de la tribune. Il ne se contente pas de commenter mes défauts de position. Il me dit qu’il faut commencer par s’occuper de ma jambe mais qu’il ne s’agit pas uniquement de rentrer ma pointe de pied. Il attrape ma jambe et la fait pivoter toute entière vers l’intérieur depuis la hanche. Rapidement mes ischio-jambier d’habitude très contractés et m’amenant de ce fait à écarter mes genoux et remonter mes jambes se relâchent, ma jambe descend et mes pointes de pied se retrouvent parallèles à mon cheval.

M. Georges Fizet me fait alors marcher, trotter et galoper en me faisant tenir cette position. Progressivement il me dit également de veiller aux autre points de ma position, mes épaules, mes mains, mon regard. Il insiste pour que j’avance d’avantage mon bassin vers l’avant. Mes jambes étant plus relâchées qu’a l’accoutumée cela m’est plus facile. Rapidement des résultats commencent à se voir chez Vulcan. Son encolure s’allonge, l’angle tête encolure se referme de plus en plus, il tend progressivement ses rennes. Au fur et à mesure je sens ses postérieurs rentrer d’avantage sous son corps et se déployer vers l’arrière lorsque j’écarte simplement les doigts sur les rênes. Cela me permet de sentir l’impact d’une bonne position sur l’attitude et le mouvement du cheval. Un coup d’œil dans la grande glace me permet de vérifier que l’attitude de Vulcan s’est bien améliorée, même si comme me le dit à ce moment M.  Georges Fizet « dire que c’est parfait ce serait mentir, mais on n’est déjà plus sur la même planète qu’au début ».

Le cours se termine après quelques cercles où M. Georges Fizet fait surtout attention à la précision de mon tracé et au fait que le cheval soit en permanence incurvé et en train de tourner.  Je descends ensuite et je rentre à l’écurie. En dessellant je m’aperçois que bien que l’on ait marché, trotté, galopé et gymnastiqué  Vulcan pendant une bonne heure celui-ci a, malgré la chaleur, à peine transpiré sous son tapis. Je le regarde et je m’aperçois qu’il est totalement détendu, entrain de mâchonner gentiment le morceau de carotte que je lui ai donné. En repensant à la séance je me rends compte qu’il à complètement cessé de s’occuper de ce qui ce passait autour du manège pendant que M. Georges Fizet m’avait fait cours, et je ne m’en étais pas aperçu sur le moment.

Après un petit pique-nique je retourne au manège et je regarde à nouveau Marine travailler un cheval. Puis lorsque que le manège est vide je retourne dans l’écurie. Je discute à nouveau avec M. Georges Fizet qui me donne quelques conseils de lecture. Ensuite retour au manège où je le regarde travailler une jeune jument  de quatre ans et demi en longe. En quelques secondes je vois dans ses mouvements au tout petit trop qu’elle dispose d’allures spectaculaires mais M. Georges Fizet me dit qu’il ne lui fera pas plus allonger son trot aujourd’hui. Elle est jeune et ne peut pas vraiment allonger son trot sans se contracter au niveau du dos, elle n’est pas encore prête pour aller plus loin. Il me met alors en garde contre la tentation de changer son plan de travail pour en faire plus et épater la galerie quand il y a du monde à la tribune.

Un peu plus tard encore me revoilà à cheval dans le manège pour mon deuxième cours de la journée.  Nous travaillons cette fois-ci d’avantage les mouvements que je dois effectuer lors des concours. Nous abordons la serpentine, le reculer, les cessions à la jambe et la leçon de l’éperon. Pour ce dernier point M.  Georges Fizet se place à côté de moi avec une chambrière. L’exercice paraît simple. Je dois arrêter Vulcan, appuyer légèrement mes deux éperons contre ses flancs et lorsque j’ouvre les doigts et que je fais un appel de langue le cheval doit se porter en avant au pas. La première fois Vulcan est un peu hésitant et M. Georges Fizet doit le presser avec la chambrière. La deuxième fois il n’a pas besoin de bouger. Au bout de la quatrième fois le seul mouvement de ma cheville fait avancer Vulcan avant même que l’éperon ne le touche vraiment. L’importance de la décontraction de la jambe m’apparaît alors. Non seulement une bonne position permet au cheval d’avancer plus facilement mais une jambe descendue et relâchée permet de n’avoir que des actions volontaires et précises avec l’éperon. Le code que nous venons de mettre en place avec Vulcan est simple et clair. Il s’exécute donc sans hésitation.

De ce code simple et précis Vulcan passe facilement sur un exercice plus compliqué. Lorsque je presse une seule jambe, suivi rapidement d’un effleurement de l’éperon si la réaction n’est pas immédiate, il part au galop du côté où la jambe est pressée. Si je presse une seule jambe et que j’écarte un peu la main du côté opposé il se met à marcher de côté, exécutant une cession à la jambe. Bien sûr le mouvement n’est pas encore parfait car Vulcan n’est pas tout à fait droit mais s’en est fini de la jambe constamment plaquée dans les flancs du cheval lorsque je demande ce mouvement.

Lorsque vient la fin du cours j’ai la sensation d’avoir rarement sentit Vulcan aussi calme et réceptif à mes demandes. Je n‘ai pas envie de descendre. J’aimerais en profiter encore mais ce n’est pas possible, il faut repartir.

Après avoir encore échanger avec M. Georges Fizet pour mettre au point la suite, nous revoilà donc dans la voiture, Vulcan dans le van, en route pour rentrer chez nous.

La journée a été riche en enseignements, et j’ai rencontré ce jour là un très grand cavalier, très bon pédagogue et fort sympathique. Cela m’a surtout permis de sentir l’impact d’une bonne position sur le fonctionnement du cheval et la subtilité et la légèreté que cela pouvait donner à mes aides. J’ai également pu me rendre compte de la continuité entre les différents exercices, de la simple leçon de jambe jusqu’aux déplacements latéraux.

Tout cela m’a permis de sentir ce que j’ai lu dans bon nombre de livres au fil des années. Cela permet également de prendre du recul. Il n’y a pas de magie dans l’équitation, simplement du travail, sur le cheval mais aussi et surtout sur soi, et une grande attention aux détails. 

 

Merci  M. Georges Fizet et à très bientôt !

 

Ci-dessus: "Cheval Gris Tacheté", Théodore Géricault, 1812.

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 09:38

François Robichon de La Guérinière (1688-1751)

 

 

 

Considéré comme le père de l’équitation française, voir même mondiale, François Robichon de la Guérinière est un écuyer que l’on ne présente plus. Sa vie est pourtant peu connue du grand public et les spécificités de son équitation son bien trop souvent réduites à la seule pratique (ou invention pour certains) de l’épaule en dedans. L’impact qu’il a eu sur l’équitation à travers le temps, de même que la manière dont il se situe dans son siècle (homme de son temps, en avance sur son temps ou bien en décalage par rapport à son époque) ne sont la plus part du temps qu’imparfaitement mesurés. C’est l’ambition de ce modeste article que d’essayer de fournir à celui qui le souhaite une entrée pour tenter de mieux comprendre ce géant de l’équitation.

 

Biographie 

François Robichon est le fils de Pierre Robichon de La Guerinière, officier de la duchesse d’Orléans et avocat au siège d’Essay, dans l’Orne. Il est le frère cadet de Pierre des Brosses  de La Guérinière, lui aussi écuyer. On sait peu de choses sur la jeunesse de La Guérinière. Sans doute arrive-t-il à Paris vers ses 15 ans. Il est vraisemblablement formé à l’art du manège dans l’académie de M. de Vendeuil rue des Canettes. C’est en 1715 que Françaois Robichon reçoit ses provisions d’écuyer, de la part de Charles de Lorraine, grand écuyer du roi.

Il fonde une académie équestre à Paris, à l’angle des rues Tournon et Vaugirard. Il s’associe pour créer cette structure qui ouvre ses portes en 1717 à un certain Jean-François Colménil. Ce dernier est ancien trésorier du roi et a épousé la belle sœur du grand père de La Guérinière, qui est aussi la marraine de son frère.

La Guérinière épouse en 1718 Marguerite Martine Robin de la Forest, avec qui il aura deux enfants, Anne-François et Françoise-Apolline.

En 1724 l’association entre Colménil et La Guérinière touche à sa fin et leur bataille judiciaire commence. L’ancien trésorier royal a en effet de forts soucis d’argent et provoque de nombreux soucis de gestion au sein de l’académie, il aurait même installé un temps un tripot dans ses locaux. Pour maintenir son écurie à flots La Guérinière s’associe à un certain Despretz, qu’il formera à la haute école, celui-ci finissant même par obtenir un brevet d’écuyer.

En 1725 C’est le propre frère de La Guérinière, Pierre des Brosses, qui devient son associé. Cela lui coûtera toute sa fortune. Un certain Le Boultz se joint également au contrat et verse 4000 livres à Despretz, sans doute en remboursement de ses parts.

Malgré tous ses soucis financiers et juridique[i] La Guérinière parvient à écrire durant cette décennie  son traité d’équitation, L’école de Cavalerie, qui paraît en deux tomes, en 1729 et 1730. Le succès est immédiat et la réputation, déjà considérable, de La Guerinière comme homme de cheval et pédagogue prend encore de l’ampleur et s’internationalise. Une deuxième édition de ce livre verra le jour en 1733, avec un texte enrichi et illustré de gravures réalisées par Charles Parrocel.

La réussite équestre de La Guérinière n’empêche pas son académie de s’effondrer sous les problèmes juridiques et financiers. Malgré tout le grand écuyer du roi, Charles de Lorraine, décide de mettre à la disposition de l’écuyer le manège des Tuileries, inoccupé depuis de nombreuses années. De plus il le nomme en 1740 écuyer ordinaire du roi. Il semble qu’à ce moment, en attendant la réouverture des Tuileries, La Guérinière officie un temps dans la grande écurie de Versailles, mais cela n’est pas certain.

Fort du succès de son livre et de ce nouveau lieu de travail les soucis de La Guérinière finissent par s’estomper. En 1743, après de nombreux travaux le manège des Tuileries ouvre ses portes et La Guérinière y forme de nombreux élèves. Il dirige cette académie jusqu'à sa mort en 1751. Il partage son temps entre enseignement, équitation, détente dans son pavillon de chasse à Buc et visites à son frère qui tient une académie équestre à Caen.

Après le décès du maître le manège des Tuileries est un temps dirigé par Anne-François, fils de La Guérinière, et également écuyer, et son beau-frère François Ignace Lessieure de Croissy. Ils cèderont cependant la place à Jacques-Philippe du Gard en 1758. Le nom de La Guérinière restera cependant très attaché au monde du cheval car Pierre des Brosses de La Guérinière et ses descendants dirigeront l’académie équestre de Caen durant de très nombreuses années.

 

Le XVIII° siècle, une époque de mutations.

La Guérinière entame sa carrière d’écuyer en 1715, année de la mort de Louis XIV. LA France est à ce moment exsangue suite aux dernières guerres menées par le Roi-Soleil, la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et la guerre de succession d’Espagne (1701-1714). De plus, le pays souffre encore au niveau alimentaire des conséquences du très rude hiver de 1709[ii]. Les campagnes sont ravagées, la population amoindrie et le trésor royal ruiné. La Couronne est au moment du sacre de Louis XV endettée de 2.8 milliards de livres. Enfin, Louis XV est l’arrière petit fils de Louis XIV et n’a que 4 ans lorsqu’il monte sur le trône. C’est son oncle, Philippe d’Orléans qui va diriger le royaume de France jusqu’en 1723, en tant que régent.

Ce dernier, avec l’appui du financier et aventurier John Law, met en place un système financier nouveau pour tenter de redresser la situation économique. Basé sur l’édition de billets ayant une valeur marchande gagée sur les réserves d’or du Trésor royal, et, progressivement, sur les richesses sensées parvenir  de l’ensemble des colonies françaises de cette époque[iii]. Ce système, que l’on nomme système de Law, connaît un succès fulgurant. De nouveaux billets sont régulièrement réimprimés, de nouveaux privilèges sont régulièrement accordés à Law et à la banque qu’il a créé pour l’occasion et la spéculation sur les billets s’envole. Malheureusement la hausse spectaculaire de la valeur des billets par le biais de la spéculation finit par provoquer une crise de confiance chez les investisseurs qui finissent tous par revendre leurs billets et demander le remboursement de leurs parts à Law. Le système s’écroule, provoquant une banqueroute en 1720. La monarchie est alors endettée de plus de 3 milliards de livres, situation encore plus désastreuse qu’a la mort du Roi-Soleil.

La Guérinière est indirectement victime de ce que l’on a appelé la banqueroute de Law. Au-delà de l’impact financier sur une partie de ses élèves qui ne peuvent plus financer leur apprentissage dans son académie, son associé Colménil est frappé de plein fouet par l’échec de ce système dans lequel il semble avoir investi assez massivement. Il se voit obliger d’utiliser une partie des recettes de l’académie de Vaugirard pour rembourser ses dettes, ce que La Guérinière n’apprécie guère. Associé aux divers troubles que Colménil provoque dans la gestion de l’établissement, c’est la que se trouve la raison de la procédure judiciaire qui oppose les deux hommes pendant des années. Colménil recevant le soutien de ses créditeurs, qui ne voient pas d’autre moyen de recouvrer leur argent. La procédure judiciaire, longue, complexe et coûteuse consomme la plus grande partie des maigres ressources financières qui restent à l’académie de Vaugirard.

Les guerres de Louis XIV rendent également le travail des écuyers plus difficile. Au-delà des soucis financiers, de la ponction démographique sur les hommes et les chevaux, les échecs successifs des dernières guerres du Roi-Soleil amènent les premières critiques envers la haute école et l’art du manège. Ce dernier est de plus en plus vu comme insuffisant ou parfois même incapable de préparer correctement les cavaliers et leurs montures au combat. Certains se mettent donc à douter du bien fondé de l’utilisation des académies équestres et de leurs programmes d’enseignement pour former les cadres et les troupes de l’armée royale. Pour certains militaires, l’équitation devrait se concentrer sur une forme plus simple et plus utilitaire[iv].

Cependant si les critiques se font jour à l’époque de La Guérinière, elles restent relativement discrètes et ne prennent de l’ampleur que dans la seconde moitié du XVIII° siècle, après la défaite de la France lors de la guerre de 7 ans.

 

Les chevaux en France au XVIII° siècle.

Les guerres menées par Louis XIV révèlent l’une des faiblesses de l’armée du Roi-Soleil, ses chevaux. Bien que certains pointent du doigt la Haute Ecole, les difficultés de la cavalerie du roi de France sont bien d’avantage à attribuer à la qualité de ses montures. La France manque à cette époque de bons chevaux de selle. Le roi et son conseil sont conscients de ce problème, comme en témoigne leurs efforts pour dynamiser l’élevage équin dans le pays et limiter les importations de montures étrangères. C’est durant le règne de Louis XIV, sous l’impulsion de Colbert que sont créés les Haras Royaux ainsi que le principe de l’approbation des étalons privés par l’Etat pour la reproduction et l’amélioration des races françaises. Ces efforts se poursuivent au XVIII° siècle avec la création de nouvelles structures pour l’élevage, comme le haras du Pin, le « Versailles des chevaux », qui accueille ses premiers étalons en 1717.

Les résultats de la politique royale en faveur de l’élevage équin sont cependant médiocres. La faute en revient avant tout au retard agronomique de la France à cette époque. Faute d’une alimentation suffisamment qualiteuse les chevaux ne peuvent se développer convenablement durant leur jeunesse. Cela crée des montures petites, raides, manquant de puissance physique et d’endurance. Mais ce n’est pas le seul facteur expliquant le manque de qualités des races françaises pour la selle à cette époque. Les méthodes d’élevage et de sélection des reproducteurs sont également en cause, en particulier parce que l’attention portée au choix des étalons est beaucoup plus  importante que celle accordée au choix des poulinières. En effet  à cette époque on considère que l’étalon est dominant dans la reproduction et qu’il détermine presque à lui tout seul les qualités du poulain. Il faut attendre le milieu du XIX° siècle pour que cette opinion ultra-majoritaire  commence à être remise en question par certains éleveurs.

Les guerres de Louis XIV provoquent elles aussi une baisse de qualité dans la production équine française. Ses armées manquant en permanence de chevaux, le Roi décide de faire des réquisitions régulières chez les particuliers et les éleveurs privés. Cela amène ces derniers à ne chercher à produire que des chevaux inadaptés à l’usage des armées. Ce choix est d’autant plus simple pour les éleveurs que la France dispose d’un autre marché, en pleine expansion depuis le début du XVII° siècle, pour écouler ses chevaux, les chevaux de trait. La France est en effet l’un des pays d’Europe qui, à cette époque, utilise le plus les chevaux pour les travaux agricoles. C’est le pays qui dispose de la plus grande variété de races de chevaux de trait et celle-ci sont parmi celles qui ont le plus de qualités pour cet usage sur tout le continent. Certaines de ces races peuvent également être utilisées comme chevaux carrossiers ou pour améliorer la puissance et la force de traction des chevaux de carrosse, usage plus important encore que la selle ou le labour à cette époque. La production de chevaux de selle n’est donc pas la priorité des éleveurs français, jusqu'à la fin de l’ancien régime.

Enfin, les académies équestres ne sont pas vraiment non plus un débouché ou un moyen de promouvoir les chevaux de selle français. Le cheval considéré comme idéal pour le manège est à cette époque le cheval ibérique. Même si celui-ci reste assez minoritaire au sein de la cavalerie des académies[v], il n’en demeure pas moins l’idéal recherché par tous les écuyers. Son prix et les difficultés logistiques à le faire venir depuis l’Andalousie et arriver en bonne santé expliquent sa rareté. Mais toute académie investit pour s’en procurer un ou deux, limitant d’autant ses moyens financiers pour acheter ses autres chevaux. Les éleveurs n’investissent alors que peu dans les moyens de produire des chevaux de selle de qualité[vi], ceux-ci ne pouvant être vendus à un prix très élevé.

Le royaume de France est donc contraint de multiplier les importations de chevaux de selle étrangers et de reproducteurs pour leurs races locales afin de conserver des montures correctes.

 

Les académies et l’enseignement équestre au XVIII° siècle.

Au XVII° siècle, comme durant toute la période de l’Ancien Régime, le principal lieu d’enseignement de l’équitation en France sont les académies équestres. C’est dans ce cadre que La Guérinière exerce son activité d’écuyer. Certaines de ces académies sont anciennes[vii] et la plus part de celles qui existent durant le règne de Louis XV ont été fondées à l’initiative des villes du Royaume, même si une grande partie prennent le titre de « royale » assez rapidement après leur création.

La situation des écuyers est assez complexe en France. Ceux-ci sont ordonnés par le Roi ou son grand écuyer. Les académies sont ouvertes à l’initiative des villes, mais financées presque entièrement par la fortune personnelle des écuyers puis leurs recettes propres. Cependant les écuyers restent locataires des installations qui sont la propriété des villes. Lorsque le titre de « royale » est décerné à une académie cela ne lui est d’aucun secours car le Roi n’envoie aucune aide financière aux établissements et ne soutient pas les écuyers dans leurs rapports avec les villes. Plus grave encore lorsqu’une académie devient « royale » cela est bien souvent vécu par les villes comme une intrusion du pouvoir royal au sein de leurs prérogatives. S’ensuit assez souvent une politique de vexation de la part des conseils urbains à l’égard des écuyers et de leur structure. Cette situation difficile explique pourquoi beaucoup d’écuyers à cette époque terminent leur carrière ruinés et pourquoi les académies équestres ferment régulièrement avant de rouvrir quelques années plus tard sous l’égide d’un nouveau maître. Les soucis financiers et juridiques de La Guérinière sont donc loin d’être un cas isolé.

Cependant toutes les académies ne connaissent pas une vie aussi difficile. Les villes demandent souvent l’ouverture d’une académie car c’est une grande source de prestige et de revenus pour la ville. Certains centres urbains en sont plus conscients que d’autres et tentent réellement de soutenir le maître écuyer sans trop se préoccuper des possibles intrusions du pouvoir royal. De la même manière, l’ancienneté  de certaines académies leur apporte du poids dans leurs rapports avec les villes.

Le pouvoir royal quand à lui cherche réellement à faire de toutes les académies équestre des académies « royales ». Au-delà de simplement marquer son empreinte sur le territoire les Rois de France ont conscience de l’importance de ces structures dans le processus de domestication de la noblesse. Ces centres de formations sont en effet réservés à la noblesse, et bien souvent à la noblesse d’épée. C’est ici que les jeunes aristocrates apprennent, au-delà de simplement monter à cheval, la danse, l’escrime et diverses autres matières durant leur adolescence[viii]. C’est également ici que se forge leur vision du monde, de la France, de la société et donc de leur place au sein de celles-ci. L’enjeu pour le pouvoir royal et les familles nobles est donc clair, pour l’un domestiquer les nobles, pour les autres se former à être un parfait courtisan. De plus ces académies attirent de nombreux élèves étrangers, certains issus de familles très puissantes, voire même princières. C’est donc un excellent moyen de faire rayonner la culture française à travers l’Europe.  Les académies sont de fait bien plus qu’un conservatoire d’art équestre.

Dans ce contexte l’académie de La Guérinière fait figure d’exception. Sa renommée dépasse celle de toutes les autres. Ses installations sont immenses, pouvant accueillir plus de 80 chevaux. C’est d’ailleurs l’une des raisons des difficultés financières de l’établissement, les frais engagés au départ seront bien trop importants pour que la structure puisse devenir rentable. Enfin il s’agit de la première académie équestre en France où est dispensé un cours de science vétérinaire. Cela fait de la Guérinière un pionnier dans sa manière de considérer tous les aspects de la vie et de l’entretien des chevaux, là où la plus part des maîtres et auteurs avant lui ne se préoccupaient que de technique équestre[ix].


 

 

 

 

 

 

L’école de cavalerie.

La Guérinière dit écrire son livre car il déplore qu’il n’y ait pas à son époque de doctrine équestre complète, claire et intelligible[x]. C’est la raison pour laquelle son œuvre aborde l’ensemble des éléments du cheval et de sa vie au XVIII° siècle. Ce livre traite non seulement du travail du cheval, du débourrage jusqu'à la haute école, mais également, du travail du cheval à l’extérieur, le dressage des chevaux de guerre et de carrosse. Il donne également quelques indications concernant la manière de faire sauter un cheval par-dessus un obstacle. Enfin deux parties très importantes de ce texte sont consacrées d’une part au matériel et au choix du cheval et d’autre part à son anatomie, ses maladies et les manières de le soigner.

Dans ce livre La Guérinière nous montre également selon quels principes philosophiques il aborde son art. Il dit que les principes doivent servir à sublimer la nature ou encore que « la connaissance du naturel d’un cheval est l’un des premiers fondements de l’art de monter et tout homme de cheval doit en faire sa principale étude ». Bien loin de la théorie de l’animal machine[xi] qui domine la pensée française, voir même européenne à cette époque, La Guérinière voit les chevaux comme des êtres sensibles, dotés de mémoire et de faculté de juger, en somme de raison. En rupture sur ce point avec son époque il est comme une sorte de précurseur de l’éthologie. Cela se confirme lorsqu’il explique que  « l’homme fait plus de chevaux vicieux que la nature ». L’écuyer a conscience de la puissance des procédés utilisés par l’homme, des risques qu’ils représentent, de la sensibilité propre à chaque cheval et de la manière dont la plus part de ses contemporains considèrent les chevaux.

A cette époque l’art équestre a pour but, par la discrétion de ses procédés et l’élégance de ses exercices, de rehausser le prestige du cavalier au travers de la grâce de sa monture. En effet quel meilleur moyen pour placer instantanément un noble au dessus du commun des mortels que d’être entrain de monter un cheval qui semble danser ? C’est là ce que la plus part des aristocrates de l’époque moderne recherchent au sein des académies équestres qui leurs sont réservées[xii]. Cependant la philosophie équestre de La Guérinière va plus loin que cela. Son livre montre qu’il est sincèrement préoccupé par le sort des chevaux et son idée principale est de sublimer ce que la nature a donné à chaque cheval, « les principes, au lieu de s’opposer à la nature, doivent servir à la perfectionner par le secours de l’art »[xiii]. C’est donc sa monture que l’écuyer cherche à mettre en avant dans son travail, et non lui-même. Cela le rend bien différent des écuyers de son époque et son livre est en tous cas le premier traité d’équitation qui nous soit parvenu où transparait une telle volonté[xiv].

Le traité équestre de La Guérinière nous renseigne encore sur sa personnalité. Les hommages qu’il rend, ou ne rend pas, au début de son travail à ses prédécesseurs qu’il considère comme les plus importants nous éclairent sur sa manière de penser. Ainsi, en dehors de son maître M. de Vendeuil La Guérinière cite surtout deux auteurs qui l’ont précédé : Salomon de la Broue[xv] et William Cavendish, duc de Newcastle[xvi]. La référence au premier n’est pas une surprise pour qui a lu avec attention l’Ecole de Cavalerie. On note en effet durant tout le livre écrit par Salomon de La Broue le même souci du bien être du cheval durant son travail, la même condamnation de l’usage de la force pour le dresser ou encore la même importance accordée à l’usage de la récompense, que l’on appellerait aujourd’hui renforcement positif. Si l’on s’occupe d’avantage de technique équestre on notera également que Salomon de La Broue est le premier, et le seul auteur jusqu'à La Guérinière, à mettre en avant l’importance du travail de deux pistes[xvii] dans le dressage du cheval[xviii] et à le préférer à l’usage des piliers. La Guérnière est quand à lui connu avant tout pour avoir codifié le mouvement appelé épaule en dedans[xix]. L’écuyer normand poursuit son travail par des hanches en dehors[xx], les contre changements de main[xxi] et les voltes[xxii], qu’il rétrécit jusqu'à la pirouette[xxiii].

L’intérêt porté par La Guérinière au duc de Newcastle peut en revanche paraître plus surprenant de prime abord. En effet l’écuyer anglais utilise des procédés assez éloignés de ceux du maître normand. Newcastle est adepte de la rêne fixe pour donner le pli au cheval. Il utilise abondement le pilier fixe unique pour travailler les cercles et recommande de mener son cheval par la crainte avant tout. On est donc assez loin des principes qui guident La Guérinière. De plus le duc de Newcastle n’a de cesse de se mettre en avant dans ses écrits et développe une personnalité exubérante là où La Guérinière fait preuve de beaucoup de retenue[xxiv]. Bref les deux hommes semblent trop éloignés aussi bien dans leurs méthodes que dans leur personnalité pour pouvoir s’entendre. L’attention que porte l’écuyer Normand au noble anglais s’explique en fait par deux points. Le premier est l’attention toute particulière que Newcastle accorde à la position du cavalier. Non seulement celui-ci lui donne une place centrale dans sa manière de monter à cheval mais il consacre de nombreuses pages de son livre à son étude et à sa description. La Guérinière le dit lui-même dans son Ecole de Cavalerie, « la grâce est un si bel ornement pour un cavalier et en même temps un si grand acheminement à la science que tous ceux qui veulent devenir homme de cheval doivent, avant toute chose, employer le temps nécessaire pour acquérir cette qualité[xxv]». L’écuyer normand fait de la position du cavalier, de sa capacité à accompagner les mouvements de son cheval la base et le point de départ de l’équitation. Si d’autres auteurs ont consacré du temps à la posture correcte du cavalier, seul Newcastle lui a donné, parmi les prédécesseurs de La Guérinière une place aussi centrale.

Le second élément qui rapproche ces deux écuyers est un exercice pratiqué par le duc Anglais. Celui-ci recommande de temps en temps lors du travail sur le cercle de venir placer les épaules du cheval à l’intérieur, sur un cercle plus petit que celui décrit par les postérieurs. Newcastle explique que c’est un excellent moyen d’assouplir le cheval mais que cela doit être utilisé avec parcimonie car cela a également tendance à mettre le cheval sur les épaules. L’exercice lorsqu’il est poursuivi sur une ligne droite, ce que Newcastle ne fait pas[xxvi], devient une épaule en dedans, exercice cher à La Guérinière. Les deux hommes ont donc bel et bien certains points communs dans leurs manières de travailler les chevaux. De plus la considération dont La Guérinière fait preuve à l’égard du noble anglais montre qu’il est capable d’une certaine ouverture d’esprit et d’une certaine capacité à aller au-delà des préjugés que peuvent inspirer les écrits d’un homme dont l’approche et la personnalité sont radicalement différentes des siennes, pour en retirer ce qui peut y avoir de la valeur. Cet exercice est d’autant plus compliqué psychologiquement pour un  écuyer français, que Newcastle est un aristocrate anglais. C’est un pays qui est un adversaire diplomatique et militaire de la France durant toute l’époque moderne[xxvii]. Rendre hommage à l’un de ces habitants n’est pas ce qui est le plus attendu dans un livre publié avec l’accord du Roi de France.

Le livre de La Guérinière confirme enfin la réputation de moderniste qu’il a acquise tout au long de sa carrière. L’un des éléments qui montrent le plus son caractère moderne est le matériel qu’il emploie pour monter à cheval. Au début de sa carrière La Guérinière emploie encore des mors relativement puissants, pour la plus part inventés par les maîtres italiens du XVI° siècle. Dans la première partie de son livre l’écuyer normand nous livre une description très précise des différents mors employés à l’époque, notamment les mors à branche, dont il précise que plus les branches sont longues plus le mors est doux[xxviii]. Cependant l’auteur recommande avant tout d’utiliser un mors à simple brisure et gros canons, très proche des mors simples employés aujourd’hui. Ce type de mors ayant une action douce sur la bouche du cheval est très peu utilisé à cette époque.

La Guérinière recommande encore de n’utiliser le caveçon qu’avec parcimonie et se montre assez critique sur l’usage des piliers. Il en prône un usage mesuré seulement sur des chevaux déjà réglés au piaffé. Alors les piliers donneront «de la vigeur, la gentillesse, la légèreté, la disposition d’un cheval, mais encore comme un moyen de donner des qualités à ceux qui en sont privés[xxix] ». Cette réflexion sur l’usage des piliers[xxx] est la seule référence faite dans l’œuvre de La Guérinière à Antoine de Pluvinel[xxxi], considéré à cette époque comme le plus grand maître équestre en France depuis près d’un siècle.

Mais bien qu’il soit sur de nombreux points en décalage avec les courants de pensée dominants de son époque La Guérinière n’en reste pas moins un homme de son temps. Il est noble et courtisan. Son réseau familial a déjà été évoqué plus haut, tout juste rappellera-t-on que son premier associé, Colmenil a été trésorier de France quelques années auparavant. Ce dernier est donc bien introduit à la cour du roi et, au départ, c’est certainement par son intermédiaire que l’écuyer normand est introduit auprès de Charles de Lorraine, grand écuyer du roi. C’est d’ailleurs à lui que ce livre est dédié. Cependant la fin de la dédicace nous montre l’intelligence de La Guérinière derrière les conventions sociales qu’il se doit d’observer en publiant. Il précise en effet le « motif qui m’a fait entreprendre cette école de cavalerie, pour l’utilité des gentilshommes qui font leurs exercices »[xxxii]. Si le respect de La Guérinière pour l’homme qui l’a soutenu à divers moments de sa carrière est certainement sincère, ce livre est clairement destiné à tous ceux qui souhaitent apprendre l’équitation. Et l’écuyer montre, en l’écrivant ainsi, qu’il tient à le faire savoir, même si il prend garde à entretenir ses relations avec les grands du royaume.

Ainsi c’est surtout la manière dont l’Ecole de cavalerie est habillé qui est la meilleure preuve de l’attention que La Guérinière porte à son réseau d’amitiés. L’écuyer n’est jamais représenté dans ce livre qui fourmille pourtant de gravures. A la place le noble normand préfère faire graver le portrait de ses élèves à cheval. Des élèves qu’il ne choisit pas de faire figurer au hasard. Le marquis de la Ferté-Sénectaire est le petit-fils d’un maréchal de France. Le comte de Saint-Aignan et le duc de Beauvilliers sont frères. Leur grand-père François-Honorat de Beauvilliers était membre de l’académie française et dirigeait les fêtes de Louis XIV. Paul de Beauvilliers, leur père, a été le précepteur des petits fils du Roi-Soleil. Cet ami de Fénelon a également épousé l’une des filles de Colbert et est devenu ministre d’Etat. Les deux élèves de La Guérinière sont donc également les petits-fils de Colbert[xxxiii]. Cela compose une jolie carte de visite. Comme tout noble français du XVIII° siècle l’écuyer normand sait que toute carrière se fait par la cour et les faveurs du roi. Et le meilleur moyen d’atteindre ce dernier sont encore les grands qui composent son entourage. L’Ecole de Cavalerie n’aurait pu être publiée en France sans la bénédiction royale qui lui sert d’ouverture.

Tous ces éléments font de l’Ecole de Cavalerie le traité d’équitation le plus complet et précis paru jusqu'à cette époque. C’est également l’un des plus faciles à lire. C’est surtout le premier traité d’équitation qui permet à quiconque a déjà acquis une bonne position à cheval et dispose d’un certain tact équestre, de dresser un cheval jusqu'à la haute école sans avoir recours à d’autres écrits ou à un professeur. C’est sans doute ce qui explique le succès sans précédent de ce livre et sa très grande postérité.

 

Conclusion

François Robichon De La Guérinière est donc un écuyer en décalage avec le monde équestre de son époque, mais il reste un homme de son temps. S’il n’hésite pas à bousculer les habitudes établies en matière d’art équestre il sait parfaitement comment marche le monde dans lequel il vit. Son œuvre traduit bien cette dualité. C’est une alternance d’innovations et de respect de la tradition et des us et coutumes qui caractérisent la France du XVIII° siècle. Tout cela est exprimé avec la grande modestie qui caractérise cet homme et qui est l’une des qualités que ses contemporains ont retenues de lui.

Principaux ouvrages :

Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

Eléments de cavalerie, Paris, 1740.

 

 

Bibliographie :

Albert Decarpentry, Equitation académique, Lavauzelle, Paris, 1949.

Doucet Corinne, « les académies équestres et l’éducation de la noblesse (XVI°-XVIII° siècle) », Revue Historique, 4/2003 (n°68), p. 817-836.

François Robichon de la Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

Jean-Pierre Bois, L’europe à l’époque moderne XVI°-XVIII° siècles, Armand-Colin, Paris, 1999.

Joël Cornette, Absolutisme et Lumières 1652-1783, Hachette, Paris, 2008.

Michel Henriquet, L’œuvre des écuyers français, Belin, Paris, 2010.

Marion Scali, La Guérinière, Belin, Saint-Just-la-Pendue, 2010.

[i] La Guérinière fait également l’objet d’un procès intenté par plusieurs de ses élèves. Cependant cette affaire sera effacée par la renommée qu’il tirera de son livre.

[ii] Cet hiver est le plus rude que connaît la France depuis des décennies. On dit que le vin aurait gelé dans le verre de Louis XIV à Versailles. Il s’ensuit une famine qui provoque de très nombreuses morts dans une population déjà affaiblie par les guerres du Roi-Soleil. Il s’agit également de la dernière grande crise frumentaire connue durant l’Ancien Régime. Le climat commençant à se radoucir quelques années plus tard et la population française dépassant même les 20 millions d’habitants (seuil que l’on considérait à l’époque comme celui du « monde plein » et indépassable) pour atteindre presque 28 millions d’habitants à la veille de la Révolution Française.

[iii] C’est en quelque sorte l’un des ancêtres de nos billets de banque actuels.

[iv] Jacques d’Auvergne sera l’un des plus brillants tenants de ce principe durant la seconde moitié du XVIII° siècle.

[v] Sur les 22 chevaux identifiés à l’académie de Toulouse 1 seul vient d’Espagne. Doucet Corinne, « les académies équestres et l’éducation de la noblesse (XVI°-XVIII° siècle) », Revue Historique, 4/2003 (n°68), p. 817-836

[vi] Par exemple l’achat d’une saillie d’un étalon ibérique, celle-ci étant très chère à cause de la rareté de cette race sur le sol français.

[vii] L’académie la plus ancienne recensée à ce jour est celle de Rouen, fondée en 1369, suivie par celle de Saumur en 1480 et celle de Caen en 1536. Source Doucet Corinne, « les académies équestres et l’éducation de la noblesse (XVI°-XVIII° siècle) », Revue Historique, 4/2003 (n°68), p. 817-836

 

[viii] S’y ajoutent aussi des matières intellectuelles comme les mathématiques, les langues, le droit, l’histoire, la musique, le dessin, la cartographie, etc. Plus le temps passe plus les matières intellectuelles sont nombreuses et variées. Celles-ci ne sont pas enseignées par l’écuyer en charge de l’académie mais par des maîtres spécialisés dans ces disciplines.

[ix] La troisième partie de l’Ecole de Cavalerie, consacré à l’anatomie, les maladies et les soins des chevaux, ne laisse aucun doute à ce sujet. La Guérinière y explique la circulation du sang chez le cheval et y traite même des capillaires, alors que ces deux phénomènes ne sont connus que depuis quelques décennies et peinent encore à être acceptés dans certains cercles médicaux et scientifiques. Il y cite également directement certains termes médicaux grecs, directement écrit avec l’alphabet grec. Ce livre dévoile à la fois l’esprit curieux et le savoir du maître. Il témoigne également de l’éducation soignée qu’il a reçu car ce ne sont pas tous les nobles de cette époque, loin s’en faut, qui connaissent l’alphabet grec.

[x] Pour lui, les écrits de ses prédécesseurs sont des « trésors infructueux de par le désordre qui y règne ».

[xi] Théorie développée par Descartes au XVII siècle qui consiste à imaginer les animaux comme des machines complexes dépourvues d’âme que l’homme pourrait bien être capable de fabriquer de toutes pièces un jour à force de progrès technique.

[xii] Sur cette question voir Source Doucet Corinne, « les académies équestres et l’éducation de la noblesse (XVI°-XVIII° siècle) », Revue Historique, 4/2003 (n°68), p. 817-836

[xiii] Voir François Robichon de La Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

[xiv] Seul peut-être Salomon de la Broue laisse apparaître au sein de son livre, Des préceptes du cavalerice ? François, publié en 1593 une envie similaire.

[xv] Les dates de naissances et de décès de Salomon de La Broue ne sont pas connues avec précision.

[xvi] Ecuyer Anglais né en 1592 et décédé en 1676.

[xvii] On appelle en équitation exercice de deux pistes tout mouvement ou le cheval se déplace latéralement, selon un angle plus ou moins prononcé. Si l’on traçait une ligne passant par le centre de gravité de l’animal et représentant le sens du mouvement les deux membres postérieurs de l’animal décrirait une ou deux traces parallèles à cette ligne situées du même côté de la ligne symbolisant la direction du mouvement et les deux membres antérieurs laisseraient le même type de traces de l’autre côté de la ligne symbolisant le mouvement. Pour simplifier la compréhension à la lecture un certains nombres d’auteurs parlent de pas de côté. Cette appellation a le mérite de clarifier les choses même si elle ne rend pas compte du fait que dans ce type de mouvement le cheval se déplace en même temps vers son côté droit, ou gauche et vers l’avant.

[xviii] Cependant Salomon de La Broue n’incorpore pas encore l’incurvation dans le travail de deux pistes de ses chevaux, contrairement à La Guérinière qui utilise ainsi les épaules en dedans et les appuyers.

[xix] Durant ce mouvement le cheval se déplace de côté tout en étant incurvé dans le sens opposé à celui de son déplacement.

[xx] Durant cet exercice le cheval se déplace de côté, le long du mur du manège les hanches du côté du mur, les épaules un peu à l’intérieur du manège. Il est également incurvé dans le sens de son déplacement. On appelle également cet exercice la croupe au mur. C’est en fait un mouvement d’appuyer, mais exécuté le long du mur du manège.

[xxi] Ce mouvement consiste en un premier appuyer le long d’une diagonale, puis arrivé au centre du manège, après une ou deux foulées droites, le cheval change le sens de son incurvation et commence un appuyer dans le sens opposé au premier.

[xxii] Chez les anciens la volte n’est pas un cercle au diamètre réduit. C’est en fait un carré, de taille réduite où l’on passe les coins soit en faisant rentrer les hanches du cheval à l’intérieur soit en les faisant sortir. On peut alterner ces deux exercices à chaque coin du carré. On parle alors de conversions sur le carré.

[xxiii] Exercice où le cheval tourne autour d’un postérieur qui lui sert de pivot et qui s’il se lève et se pose en rythme avec l’allure employée n’avance, ne recule ou ne se décale pas. Cet exercice peut être fait au pas, au trot ou au galop. A l’époque de La Guérinière on pratique également une pirouette au galop très rapide ou le cheval fait demi-tour, ou un tour complet sur lui-même en une seule foulée.

[xxiv] Certains auteurs qualifient même La Guérinière « d’anti-Newcastle » sur ce point. Voir Michel Henriquet, L’œuvre des écuyers français, Paris, 2010.

[xxv] Voir François Robichon de La Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

[xxvi] Cela est impossible pour l’écuyer anglais car il exécute la plupart de ses cercles en attachant le cheval à un pilier central unique. Il ne peut donc pas s’en écarter pour suivre une ligne droite.

[xxvii] Lorsque La Guérinière obtient son brevet d’écuyer la France sort tout juste de la guerre de succession d’Espagne et avant cela de la guerre de la ligue d’Augsbourg où l’Angleterre a fait partie de ses ennemis. Cela fait donc près de 25 ans que les deux pays sont en guerre. De plus malgré la paix les deux monarchies continuent de s’affronter sur le plan diplomatique et de l’influence territoriale, notamment dans la construction de leurs empires coloniaux, ce qui débouche sur la Guerre de 7 ans à partir de 1754. C’est sans doute cette période de paix militaire qui a permis à La Guérinière de faire éditer son livre avec la bénédiction du roi sans que cet hommage lui soit reproché. On notera tout de même que dans son livre La Guérinière se garde bien d’épiloguer sur ce qui fait les qualités équestres de Newcastle.

[xxviii] Au XVIII° siècle lorsque l’on parle de douceur d’un mors on fait référence à la douceur ressentie dans la main du cavalier et non aux sensations ressenties par le cheval dans sa bouche, contrairement à la manière actuelle d’évaluer la dureté des mors. Les mors employés au XVIII° siècle ont pour la plupart des branches très longues et sont donc extrêmement puissants. Ils ne nécessitent du coup que de très faibles actions de la main du cavalier pour être efficaces, d’où la sensation de douceur qu’un cavalier peut ressentir dans sa main en utilisant de tels harnachements.

[xxix] Voir François Robichon de La Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

[xxx] La Guérinière se base ici, en les approfondissant, sur les idées exprimées soixante ans plus tôt par le duc de Newcastle. Voir François Robichon de La Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

[xxxi] Antoine de Pluvinel (1552-1620) écuyer français parti étudier l’équitation en Italie au sein de l’Académie du maître Pignatelli, ayant publié l’un des premiers traités d’équitation français, Le manège royal, Paris, 1623, et L’Instruction du roi, Paris 1625. Pluvinel a notamment été chargé de l’instruction équestre du roi Louis XIII.

[xxxii] Voir François Robichon de La Guérinière, Ecole de Cavalerie, Paris, 1729.

 

[xxxiii] Voir Marion Scali, La Guérinière, coll. Les Grands Maîtres expliqués, Saint-Just-La-Pendue, 2010.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 10:39

Bonjour,

"I Will be back"

Tel le Governator, de retour au cinéma après de longues années d'absence, j'ai décidé, après une longue période d'inactivité sur Internet, de reprendre le travail sur le blog. Je vais donc redevenir le "Redactor" de ce blog et recommencer à publier des articles. 

En avant première voici le sujet de celui qui sera publié la semaine prochaine:

François Robichon de la Guérinière.

 

J'ai plusieurs autres idées d'articles en préparation, cependant compte tenu de mon activité professionnelle je ne peux pas m'engager à maintenir un rythme de publication précis.J'essayerais cependant de faire sorte que la sortie des articles soit la plus régulière possible. 

 

J'espère que mon prochain article vous plaira.

Merci à ceux et celles qui ont suivi ce blog jusque là,

Bonne lecture à tous.

 

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 11:20

catherineIl est aujourd’hui coutume de distinguer l’équitation artistique, du dressage de compétition. Cette distinction est très récente et semble parfois difficile à expliquer. Les cavaliers pratiquant l’équitation dite artistique et ceux pratiquant l’équitation de compétition se revendiquent en effet des continuateurs des mêmes maîtres et écuyers anciens. Tous parlent de La Guérinnière, de Baucher ou du général L’Hotte, pour n’en citer que quelques uns. La plupart de ces écuyers ne différenciaient pourtant pas la compétition et l’art. De plus, les traces qu’ils nous restent des résultats de leur travail à cheval les rapprochent bien plus de l’équitation dite artistique que de la compétition.

            Cet état de fait est le fruit d’une longue évolution. L’équitation a considérablement changé depuis que l’homme a placé pour la première fois une lanière de cuir dans la bouche d’un cheval. Ces changements ne sont pas seulement le fait des innovations techniques de tel ou tel cavalier. Le contexte historique tiens dans les transformations successives de l’équitation, comme dans toute chose, une part fondamentale. Le mord, outil indispensable de l’équitation apparaît en Mésopotamie au IV millénaire avant notre ère. Cependant personne n’a encore l’idée de monter le cheval, ce dernier est attelé à un char. Les tablettes de l’esclave hittite Kikuli peuvent être considérées comme le premier traité équestre de l’histoire. Elles traitent, entre autres choses, de l’entraînement physique du cheval en vue de son utilisation au combat attelé à un char. Ce sont les peuples nomades d’Asie centrale qui, vraisemblablement, enfourchent les premiers ce noble animal. L’équitation apparaît alors. Les grecs, puis les romains commenceront le raffinement de cet art. Ils insistent sur la mobilisation de la mâchoire provoquant la légèreté chez le cheval monté, créent le tripudium, un trépigné sans doute ancêtre du piaffé et insistent sur l’emploi du canterius (petit galop très confortable pour le voyage). L’ouvrage De l’équitation de Xénophon rédigé vers 370 peut être considéré comme le premier traité d’équitation de l’histoire. A la fin de l’antiquité, l’empire romain s’effondre sous les coups des barbares. C’est la période dite des grandes migrations L’un de ces peuples dits barbares, les Huns n’apporte pas seulement la mort en occident, il apporte aussi l’étrier. C’est un changement considérable dans l’histoire de l’équitation qui amène la cavalerie, jusque là sous exploitée, en première ligne des champs de batailles.  Les grandes migrations apportent également en Europe d'autres éléments à l'équitation comme le fer à cheval ou encore l'arçon de la selle. Cependant durant tout le moyen age l’équitation reste avant tout utilitaire et fondée sur un usage empirique du cheval. Ce n’est qu’à la toute fin de cette période, au XV siècle, qu’apparaît une évolution notable dans la pratique de l’équitation. En effet le XV siècle marque le début de la Renaissance dans les pays de l’Europe méditerranéenne. Les arts se Développent et les souverains commencent à faire œuvre de mécènes. En équitation les souverains sont même parfois artistes eux-mêmes, comme le roi Don Juan Duarte, qui publie le premier traité équestre européen depuis Xénophon. L’art équestre naît donc au Portugal et en Espagne, à la cour de Ferdinand d’Aragon. C’est ce dernier qui le fait passer en Italie. Puis d’Italie il est ramené en France par les derniers rois Valois. C’est sous la dynastie des Bourbons que l’équitation Française connaît sa première heure de gloire. Les écuyers français améliorent considérablement l’art des maîtres italiens tout au long du XVII siècle. Le dressage français rayonne alors dans toute l’Europe. L’école de Versailles, incarnée dans la figure de François Robichon De La Guérinnière, éclipse presque toutes les autres. Puis vient la Révolution française. Les nobles émigrent et l’école de Versailles est fermée. Au XIX siècle les pratiques équestres changent. Le rôle de la cavalerie dans l’armée est de plus en plus réduit et une équitation civile apparaît. Les compétitions équestres font leur apparition et les épreuves de course ou de saut d’obstacle prennent peu à peu le pas sur la haute école. La haute école, déjà en régression face aux autres disciplines, se morcelle également entre partisans de Baucher et partisans de l’école ancienne. Le dressage devient une discipline équestre parmi tant d’autres et faute de l’existence de conservatoires d’art équestre sa pratique repose sur des bases fragiles. La compétition de dressage se referme progressivement sur elle-même, comme pour se masquer ses lacunes. De leur côté, les quelques maîtres écuyers pratiquant encore la haute école, comme Nuno Oliveira, boudent les compétitions de dressage internationales. Le dressage international semble scindé en deux groupes, les partisans de l’équitation dite artistique et les pratiquants du dressage dit de compétition, qui se regardent en chien de faïence.

            L’évolution de l’équitation a dépendu tout au long de l’histoire de l’évolution des sociétés. Cependant nous l’avons constaté il serait impossible de retracer l’histoire de cet art sans citer au moins quelques écuyers, dont la contribution à l’équitation est d’une importance parfois assez considérable. Les noms de ces grands écuyers d’antan sont pour la plus part assez connus, mais le contenu exact de leurs procédés ou de leurs principes l’est déjà beaucoup moins. Il est également quelques écuyers, pourtant brillants, qui restent encore de nos jours dans l’ombre. Pourquoi ces écuyers sont-ils célèbres ? Pourquoi ont-ils parfois éclipsé dans nos mémoires tous leurs contemporains ? Ou à l’inverse pourquoi sont-ils restés méconnus ? En quoi sont-ils révélateurs des pratiques équestres de leur époque ? Comment leur exemple peut –ils nous révéler les évolutions des sociétés de leurs temps ?

C’est le propos de ce blog que d’essayer d’apporter des éléments de réponse  à ces questions et de fournir à toute personne intéressée le moyen de les approfondir.

Nous commençons l'approche au travers du travail de divers écuyers, vous trouverez les articles dans "Rubriques-Ecuyers", ici : link

 

illustration antiquite

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 15:28

Cette section est dédiée aux écuyers. Par souci de clarté voici une liste de ceux qui ont été traités jusqu'a présent, présentés par ordre chronologique:

 

François Robichon de la Guérinière

François BAUCHER

Gustav Steinbrecht

Etienne BEUDANT

Albert-Eugène Edouard Decarpentry

Nuno Oliveira

Philippe KARL

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 17:17

François Baucher (1796-1873)

 

baucherpartisanpiaffer 

 

Ecuyer Français du XIX siècle qui a inventé plusieurs airs de haute école et quantité de nouveaux procédés destinés au dressage des chevaux de pur sang en haute école. Baucher a présenté la plus part de ses chevaux d’école au cirque.

 

Ecuyer français célébrissime, Baucher doit sa notoriété aussi bien à ses procédés novateurs et sa maestria en selle qu’à son manque de modestie. Il est l’inventeur de nombreux procédés de domination du cheval extrêmement puissants et souvent extrêmement controversés. La nouvelle manière de dresser les chevaux que cet écuyer construit petit à petit au cours du XIX siècle est en totale opposition avec les règles équestres établies jusqu’alors. La manière de Baucher rencontre cependant un franc succès dans une grande partie de l’Europe. Ce succès à été la cause de bien des excès dans la pratique de cette méthode, ce dont le maître lui-même s’est rendu compte.

 

Biographie :

Baucher naît en 1796 à Versailles dans une famille modeste, son père est vendeur de vin. En 1810 alors qu’il n’a que 14 ans il part chez son oncle qui dirige les écuries du duc Borghèse à Milan. Baucher y suit les leçons du maître Frederico Mazzucheli. Il rentre ensuite en France et devient piqueur chez le duc de Berry jusqu’en 1820.

En 1833 Baucher publie son premier livre, le Dictionnaire d’équitation. L’année suivante il officie à Paris au manège de la rue Saint Martin. C’est là que commence la rivalité entre Baucher et le comte d’Aure. Durant cette période Baucher se produit au cirque des Champs Elysée. Il accepte ces présentations à la seule condition de ne partager la vedette avec personne. C’est à ce moment qu’il revendique la paternité du changement de pied au temps, que le comte d’Aure revendique également.

La rivalité entre les deux écuyers atteint son apogée au cours de ce que l’on appelle « l’affaire Géricault », en 1842. Géricault était un pur sang anglais appartenant à lord Seymour et considéré comme indomptable. Après l’échec de l’un des élèves de d’Aure à rester en selle sur ce cheval, Baucher le présente au cirque après un dressage de seulement 4 semaines. L’écuyer semble avoir remporté la bataille mais peu après d’Aure est choisi pour occuper le poste d’écuyer en chef du Cadre noir de Saumur, poste que Baucher avait convoité toute sa vie sans jamais l’obtenir.

Baucher poursuit le travail de ses chevaux dans le manège de la rue Saint-Martin. En 1855, alors qu’il était en train d’y travailler un cheval à pied l’un des lustres du manège se décroche et lui tombe dessus. L’une des ses jambes est cassée. Baucher ne se remet jamais complètement de cette blessure et reste jusqu'à la fin de sa vie avec un certain handicap physique. Cet événement est l’une des causes qui l’amène à repenser sa méthode de dressage. Il la raffine et l’améliore afin que le cavalier n’ait plus autant besoin de recourir à ses capacités physiques. Il donne également une place plus importante au travail à pied. Quelques années après son accident il publie la douzième édition de son Dictionnaire d’équitation qui contient les changements considérables qu’il a apporté à son système de dressage. Jusqu'à la fin de sa vie Baucher se fait plus discret. Depuis son accident il ne présente plus ses chevaux au cirque et monte tôt le matin sans public. Il meurt en 1873.

 

La haute école au XIX siècle :

Lorsque Baucher rentre en France après avoir suivit l’enseignement de son maître en Italie, la haute école ancienne, l’équitation de l’école de Versailles, a déjà commencé son déclin. Après la fermeture de cette école durant la Révolution française la plus part des écuyers formés à la haute école qui sont des nobles partent à l’étranger. La disparition des maîtres équestres français du territoire est l’une des conséquences de l’émigration des nobles dès 1790. Ainsi au début du XIX siècle il ne reste plus que quelques écuyers formés selon l’ancienne manière et seul quelques uns de leurs disciples reçoivent encore cet enseignement, le plus souvent de manière partielle.

La conservation de cette tradition ne peut se faire, d’autant plus qu’au XIX siècle la mode est aux chevaux de purs sangs anglais, et non plus comme aux siècles précédents, aux chevaux ibériques. Ce changement est d’importance. En effet la conformation des chevaux de purs sangs diffère considérablement de celle du genet d’Espagne. Les chevaux de la péninsule ibérique on des allures naturelles assez raccourcies et relevées complétées par un équilibre naturel vers les hanches. Le pur sang au contraire est taillé pour la vitesse, il dispose d’allures rasantes, d’un équilibre naturel sur les épaules et n’a que peu de disposition pour les airs rassemblés et relevés. Les rares pratiquants de l’équitation versaillaise qui vivent encore au début du XIX siècle sont obligés d’adapter et de moderniser leur équitation pour répondre aux problèmes soulevés par ce nouveau modèle de chevaux.

Baucher crée sa nouvelle manière dans un contexte de vide presque total en matière d’enseignements équestres conjugué à un besoin urgent de répondre à de nouveaux problèmes. Ceci explique le succès rapide de sa méthode, l’écuyer est l’un des seuls à proposer une réponse complète aux problèmes équestre de ses contemporains. Ces derniers sont d’ailleurs d’autant plus sensibles à l’enseignement de Baucher que le contexte dans lequel se pratique l’équitation et la haute école au XIX siècle est nouveau.

En effet jusqu'à la fin du XVIII siècle la haute école était le domaine réservé de la noblesse et cette discipline était d’abord pensée pour répondre aux problèmes posés par l’emploi du cheval sur le champ de bataille. Tel n’est plus le cas au XIX siècle, l’équitation et la haute école commencent à se répandre dans les milieux non nobles. Baucher n’est pas un officier du roi qui enseigne à la noblesse militaire française. C’est un écuyer civil qui donne des leçons à tous ceux qui ont les moyens financiers de pratiquer l’équitation. Baucher ne montre pas le résultat de son travail au cours de joutes, sur les champs de bataille ou dans les fêtes royales. Il montre les chevaux qu’il a dressés au cirque.

La XIX siècle est l’age d’or du cirque et les numéros de haute école sont toujours le clou du spectacle. Fini les limites strictes imposées par le cadre du tournoi et les contraintes imposées par le champ de bataille. L’écuyer est maintenant libre dresser ses chevaux à présenter tous les airs qu’il imagine. Cette nouvelle liberté offerte aux écuyers permet à Baucher de créer une nouvelle manière de dresser et de nouveaux airs de haute école, comme le changement de pieds au temps ou le galop en reculer. Cela implique parfois des oppositions de principes fortes entre Baucher et les quelques pratiquants de l’équitation ancienne qui vivent à son époque, comme le comte d’Aure.

Baucher se veut révolutionnaire et rejette en bloc l’équitation de Versailles. Cette tendance à la révolte n’est pas seulement un trait de caractère de Baucher, c’est un trait de caractère du XIX siècle pourrait-on dire. En politique les libéraux avancent à cette époque des idées nouvelles. En littérature, et dans les arts de manière générale, les romantiques font de même et rejettent les courants antérieurs. Baucher est leur contemporain. Il connaît les romantiques et les côtoie, le poète Lamartine  et le peintre Delacroix ne sont-ils pas ses amis ? Baucher est pénétré par les idées nouvelles de son siècle. On peut presque trouver dans certains passages de son oeuvre ce que l'on pourrait considérer comme une attirance pour les idées socialistes. Par exemple lorsque dans sa Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes il dit " Mais les écuyers  peuvent prétendre à des résultats plus brillants encore. S'ils parvenaient à faciliter  la bonne éducation des chevaux inférieurs, ils populariseraient au sein des masses l'étude de l'équitation ; ils mettraient aussi à la portée des bourses moyennes, si nombreuses dans notre pays d'égalité, la pratique d'un art qui jusqu'a ce jour est resté l'apanage des grandes fortunes. Tel a été pour mon compte le but des travaux de toute ma vie". 

Devant les tendances à l’innovation de ses contemporains et de ses amis, Baucher peut être prit du même désir d’apporter quelque chose de neuf dans son domaine lui aussi. Ses amis peuvent également l’encourager à aller de l’avant et à bousculer les principes séculaires établis. La période semble propice à un renouvellement de l’équitation. Après tout le surnom du XIX siècle est bien le siècle des révolutions.

 

Les manières de Bauchers :

Ce titre s’explique par le fait qu’il n’y a pas qu’une manière de Baucher. A dire vrai on pourrait presque compter autant de bauchérismes différents qu’il y a d’écuyers bauchéristes. Par habitude, on a coutume de distinguer 2 manières de Baucher, suivant les changements que le maître à lui-même intégrés à sa méthode. C’est ce découpage qui sera suivit ici.

La première manière de Baucher :

Ce Bauchérisme primitif est caractérisé par la recherche du ramener comme première et principale priorité du dresseur. Ce ramener est très accentué, parfois même jusqu'à ramener le chanfrein du cheval en deçà de la verticale. Le rassembler est ensuite recherché par l’emploi simultané des aides propulsives, jambes, gaule et éperons, et des aides rétro propulsives, mains et dos. La main devient une barrière qui règle la forme que prend la dépense de l’impulsion du cheval. Cela n’est possible bien entendu que si l’on monte avec la main fixe. La fixité de la main est l’une des grandes découvertes de Baucher. Cet emploi des aides amène le cheval à engager fortement ses postérieurs sous sa masse, mais également à ramener les antérieurs loin en arrière de leur ligne d’aplomb. Le cheval prend alors la position dite de l’isard sur le pic. Cette position a été très critiquée par les détracteurs de Baucher. Elle est cependant moins antinaturelle qu’il n’y paraît puisqu’un cheval qui mange sa litière dans son box peut la prendre de lui-même. Cette position reste également un très bon moyen de gymnastiquer et d’assouplir le rein et le dos du cheval. Cependant la position de l’isard sur le pic ne peut être qu’un moyen de correction temporaire d’un défaut du cheval, pas un but en soi.

L’autre grande caractéristique du Bauchérisme primitif, et qui reste inchangée dans la seconde manière du maître est la décomposition des résistances du cheval. En effet, au contraire de l’équitation ancienne qui assouplissait le cheval « tout d’une pièce » comme le disait Baucher lui-même, et qui combattait la résistance d’ensemble de l’animal, l’écuyer français fractionne cette résistance d’ensemble en résistances locales. Il assouplit son cheval morceau par morceau. Ceci explique le surnom qu’on donne parfois aux écuyers bauchéristes de découpeurs. Cette pratique appelle des procédés spécifiques qui immobilisent une grande partie du cheval pour ne laisser fonctionner que la partie que l’on souhaite faire gagner en souplesse. Baucher emploie ainsi les flexions de mâchoires, les flexions de nuque, la pirouette renversée et la pirouette. Dans le bauchérisme primitif les flexions de mâchoires sont le seul travail que l’écuyer effectue à pied. Le travail en main est très peu exploité par la première manière.

La seconde manière de Baucher :

Elle a pour origine la réduction de moyens physiques dont est victime Baucher après son accident de 1855 ainsi que le constat qu’il fait en voyant que beaucoup de cavaliers se trompent en employant sa méthode. Il cherche donc à la simplifier et à la rendre plus facile d’accès. Baucher a le souci à ce moment de sa vie de rechercher le plus de légèreté possible à cheval. Cette légèreté trouve son expression dans la descente d’aide, le moment ou les mains et les jambes du cavalier cessent d’agir sans que le cheval ne s’arrête.

Le premier élément nouveau de cette seconde manière réside dans la recherche du ramener. En effet celui-ci n’est plus recherché de prime abord. L’élévation de l’encolure le précède. Il est ensuite obtenu par l’avancée du corps en direction de la tête du cheval et ne va jamais au-delà de la verticale du chanfrein du cheval. Une seule exception à cette règle existe dans cette seconde manière qui consiste dans le travail au ramené outré. Ce travail ne devant dans l’idéal s’effectuer qu’au compte goutte en fin de séance sur un cheval avec un niveau de dressage déjà un peu avancé. Son objectif est de fixer définitivement la position de la tête et de l’encolure dans un ramener correct, afin que cette positon ne se perdre plus, même dans les mouvements les plus difficiles.

Le deuxième changement d’importance qui apparaît dans cette deuxième manière est résumé par la formule de Baucher lui-même « main sans jambes, jambes sans mains ». L’écuyer préconise maintenant l’alternance des aides propulsives et des aides de retenue afin de préserver la clarté du langage des aides pour le cheval. Cette séparation dans l’emploi des aides devient plus théorique au fur et mesure que le dressage du cheval est poussé plus loin car Baucher précise, comme nombre de ses élèves après lui, que plus on se dirige vers la haute école plus il y a lieu de rapprocher l’emploi des aides propulsives et de retenue, dans l’idéal sans qu’elles deviennent cependant simultanées.

Enfin dans cette seconde manière Baucher améliore l’un de ses plus puissants procédés, l’effet d’ensemble sur l’éperon. Ce procédé est sans doute le plus puissant procédé de domination du cheval existant à l’heure actuelle, mais comme le dit lui-même le maître français c’est « un rasoir entre les mains d’un singe ». Combien de cavaliers s’y sont essayés sans assez de précautions sur des chevaux n’y étant pas préparés et n’ont ainsi réussi qu’à les éteindre ou à les rendre rétifs ? Sans doute beaucoup. L’effet d’ensemble consiste en une pression des jambes appuyée par une attaque des éperons, les jambes étant placées un peu en avant de leur position habituelle dans la sangle. Cette pression est accompagnée d’un retrait du buste et de la résistance de la main (d’une main fixe bien entendue). Les éperons agissent ainsi sur les pectoraux, le sterno-hyoidien, c'est-à-dire le muscle allant du sternum au plancher de la bouche, et par contagion sur les mastoido-huméraux. La contraction, la tétanisation presque de ces muscles, bloque le jeu des antérieurs, oblige la nuque à se refermer et la mâchoire à se mobiliser, provoquant un léger mouvement de déglutition. Correctement employé l’effet d’ensemble est un moyen imparable de stopper un cheval, de le décontracter et de le remettre entre les aides. Dans sa première manière Baucher avait fait de l’effet d’ensemble le point de départ du dressage de ses chevaux et en faisait un emploi très important. Afin d’aider les cavaliers qui se procurent ses livres, il en améliore la définition et en change l’emploi. Dans la deuxième manière l’effet d’ensemble sur l’éperon devient un procédé rare à n’employer qu’en cas de nécessité, à dose homéopathique et seulement si certaines conditions sont réunies dans le dressage du cheval sur lequel on songe à l’employer. Baucher souhaite ici limiter les excès souvent pratiqués par les écuyers qui emploient sa méthode. Il recherche le respect du cheval et l’emploi le plus limité possible des ressources physiques du cavalier.

 

Baucher a bien inventé une nouvelle équitation. Ayant en partie les mêmes buts que les maîtres équestres des siècles précédents il a inventé de nouveaux procédés afin de s’adapter au nouveau modèle de cheval en vogue à son époque, le pur sang anglais. Sa nouvelle manière, qui est sans faille entre ses mains, génère dans son emploi des risques proportionnels à sa puissance. De nombreux cavaliers en feront l’amère expérience et leur exemple servira de réserve de munition aux adeptes de Baucher.

 

Aujourd’hui le bauchérisme pur n’est plus pratiqué. Le dernier grand écuyer bauchériste, René Bacharach, s’est éteint en 1991. Cependant, depuis la seconde guerre mondiale de nombreux cavaliers se sont attelés à faire une synthèse de l’équitation ancienne versaillaise et de la méthode de Baucher. Ils ont tenté de conjuguer ces procédés parfois très différents. Il y a eut quelques fois des succès assez éclatants dans ce domaine, comme ceux de Nuno Oliveira, de Diogo de Bragance ou de Philippe Karl.

 

 

 

Quelques uns de ses chevaux :

Kleber,

Turban,

Bloc,

Picardie,

Shander,

Stades,

Partisan,

Capitaine,

Buridan,

Géricault,

Bienfaisant

 

Quelques uns de ses élèves :

Général Alexis L’Hotte,

Général Faverot de Kerbrecht,

Capitaine Raabe

Frederico da Cunha

 

Ses principaux ouvrages :

Résumé complet de la nouvelle méthode d’équitation

Passe-temps équestre

Dialogue sur l’équitation

Méthode d’équitation basée sur de nouveaux principes

Dictionnaire d’équitation

 

Bibliographie :

Karl, Philippe, Une certaine idée du dressage, Belin, 2008

Karl, Philippe, Dérives du dressage moderne, Belin, 2006

Bragance, Diogo de, L’équitation de tradition française, Belin, 2005

Decarpentry, Equitation académique, Lavauzelle, 1991

Beudant, Etienne, Extérieur et haute école, Actes sud, 2008

Oliveira, Nuno, Œuvres complètes, Belin, 2008

Henriquet, Michel, « l’Art équestre », Encyclopédia Universalis, 2011

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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 12:34

Gustav Steinbrecht (1808-1885)

 

steinbrecht

 

 

Ecuyer allemand du XIX siècle peu connu hors des pays germaniques, Steinbrecht fut l’un des derniers pratiquants de l’équitation telle qu’elle était enseignée à la cour des rois de France un siècle plutôt.


Très peu connu en France Gustav Steinbrecht est cependant considéré comme une référence du dressage classique dans les pays germaniques. Cet écuyer s’inscrit dans la continuité des principes de l’école d’équitation de Versailles, énoncés par La Guérinnière. Steinbrecht s’est placé, de son vivant, comme le défenseur du dressage classique, de l’équitation véritable, face aux innovations du français Baucher.

La difficulté d’un travail sur Steinbrecht réside dans les sources que l’on peut employer. En effet cet écuyer est peu connu outre Rhin et peu de textes circulent à son sujet, la plupart étant rédigés en allemand et n’étant pas traduit dans d’autres langues. Cet écuyer n’a par ailleurs publié qu’un seul ouvrage qui ne possède qu’une seule édition française. Il est donc difficile de trouver des informations sur Steinbrecht.

 

Biographie :

Les détails de la vie de Steinbrecht sont peu nombreux. Il entreprit des études de vétérinaire qu’il acheva en 1834. C’est manifestement au cours de ces études à Berlin qu’il découvrit l’équitation dans l’écurie du maître Seeger. C’est lorsqu’il termina ses études qu’il décida d’embrasser la carrière d’écuyer. Entre 1841 et 1849 Steinbrecht travailla dans un manège à Magdebourg. Il revint à Berlin pour travailler chez son maître Seeger en 1849, il épousa la nièce de ce dernier. En 1859, Il prend la direction de manège de Dassau. En 1865 Il revient définitivement à Berlin.

A partir de 1860 Steinbrecht rédige une série de notes qui constituent la base de son seul et unique ouvrage : Le Gymnase du cheval. Ayant entreprit la rédaction de cet ouvrage alors qu’il était déjà assez âgé il ne peut le finir et confie la rédaction de la fin du livre à l’un de ses meilleurs élèves, Plinzer.

 

La cavalerie au XIX siècle. Une cavalerie militaire ?

Steinbrecht vit à une époque qui voit l’unification progressive de l’Allemagne sous la houlette de la Prusse. L’écuyer allemand commence à écrire son livre quelques années à peine avant l’unification de l’Allemagne et son écriture se poursuit bien après. Ses fréquents appels à la création d’une académie, d’un conservatoire d’art équestre, sous le patronage d’un état nous montre à quel point l’unité de leur pays a pu susciter des attentes et des espoirs chez les allemands. Ecuyer dévoué aux chevaux Steinbrecht espère que cette unité améliorera le sort de l’équitation. D’autres part au siècle précédent divers souverains ont crée des académies équestres. Le mécénat dans les arts a toujours été un moyen pour un roi ou un Etat d’accroître son prestige. C’est par ce biais là que l’écuyer allemand entend sans doute servir son pays. Il permettra ainsi à l’Allemagne de devenir une nation plus prestigieuse, par l’accroissement de son patrimoine artistique et culturel, tout en améliorant également le niveau de dressage des chevaux de l’armée du Kaiser et la compétence des officier de sa cavalerie. On voit ici à la fois le patriotisme des Allemands du XIX siècle et certaines de leurs tendances belliqueuses. Les tendances guerrières ne sont pas à cette époque l’apanage des Allemands, d’autres nations tiennent également la guerre en haute estime.

La guerre est cependant très présente dans la mentalité allemande durant la période où se fait l’unité politique de ce pays. En effet l’unification de ce territoire se fait en partie par la force des armes. Le XIX siècle est la dernière grande période de l’emploi de la cavalerie comme arme de choc au sein des armées du monde entier. La cavalerie n’est cependant plus utilisée à l’époque de Steinbrecht comme elle l’était autre fois. Au XIX siècle la cavalerie charge en masse. La vitesse, la force et le courage sont les principales qualités requises chez les cavaliers militaires. Il n’est plus question de cavaliers isolés triomphants par leur habileté, comme ce pouvait encore être le cas au siècle précédent. Il n’est plus donc besoin de former les cavaliers et les chevaux à l’art complexe de la haute école en vue du combat comme autre fois. Cet art est bien d’origine guerrière, mais s’inspire des joutes et duels de la noblesse médiévale et moderne. Elle ne convient pas à la philosophie guerrière du XIX siècle. Toute les académies équestres sont en déclin et toutes presque disparues alors que Steinbrecht entame à peine sa carrière d’écuyer. Seule subsiste encore l’école espagnole de Vienne à cette époque. Steinbrecht fait donc figure d’original, d’archéologue ou même de magicien parmi ses contemporains car il est l’un des derniers pratiquants de la haute école telle quelle était pratiquée à Versailles sous le règne des Bourbons. Il utilise des procédés que les plus cultivés considèrent comme préhistoriques et que la plus part des cavaliers ne connaissent plus.

Steinbrecht semble même prendre le contre-pied de son siècle en matière de philosophie équestre. Il base son système autant sur l’enseignement de La Guérinnière que sur l’amour du cheval et le tact du cavalier. Son équitation est affaire de culture et de savoir mais également de sentiments et de sensations. A une époque de progrès scientifique ou tout les cavaliers recherchent un système de dressage unique basé sur un examen scientifique méthodique du cheval, sur la presque mécanisation de cet animal, cela en étonne plus d’un de se contemporains. De part ses procédés hérités de Versailles et son Etat d’esprit Steinbrecht peut être autant vu comme le dernier des écuyers du XVIII siècle que comme un cavalier du XIX siècle.

Steinbrecht prend cependant parti dans les questions équestres de son siècle et non des précédents. Il prend notamment parti sur la question de la nouvelle méthode de dressage inventée par Baucher, ou plutôt il prend parti contre cette nouvelle méthode. Il hérite de son maître Seeger ses connaissances sur l’école de Versailles mais également son anti-bauchérisme forcené. Il réprouve Baucher alors que l’Europe occidentale tout entière se tourne vers lui. Il le rejette en bloc sans même avoir pris la peine d’observer sa méthode dans le détail. Il trouve facilement des exemples pour appuyer son aversion pour cette nouvelle manière dans les nombreux excès, et donc problèmes pour les cavaliers et chevaux, qu’elle a engendrés. Les deux dernier tiers du XIX siècle se résument presque, en matière équestre, à un affrontement entre les partisans de Baucher et ceux de Steinbrecht et de l’école de Versailles. Ces deux groupes seront finalement départagés par les cavaliers de l’équitation civile qui de plus en plus se détournent de la haute école, lui reprochant d’abîmer les chevaux. Peu de cavaliers ont la chance de trouver un maître tel que Baucher ou Steinbrecht pour leur enseigner cet art difficile et à double tranchant si mal employé. En l’absence d’académies équestres pour le préserver et l’enseigner il ne reste cependant plus aux cavaliers du XIX siècle que cet espoir presque vain de trouver un maître compétent pour s’y initier. En conséquence beaucoup font le choix de s’en éloigner et la haute école, qu’elle soit bauchériste ou versaillaise tombe pratiquement dans l’oubli. Ce phénomène commence à se ressentir dès la deuxième moitié du XIX siècle et Steinbrecht le déplore tout particulièrement dans son livre.

 

L’école de Versailles revue et corrigée par le maître allemand :

Le grand principe de l’équitation de Steinbrecht est de monter le cheval dans l’impulsion, dans le mouvement en avant donc, droit de hanches et d’épaules. Ceci afin d’assurer un développement correct et maximum de la force propulsive du cheval. L’idée est de fortifier au maximum l’arrière-main afin de l’amener ensuite, par des assouplissements progressifs, à pouvoir porter une part de plus en plus grande du poids de l’ensemble cheval et cavalier. Cela allège d’autant l’avant main, ce qui lui permet plus de souplesse ce qui est a l’origine du raccourcissement accentué des allures, tout en conservant l’énergie et la capacité de réponse du cheval aux indications du cavalier, et du relèvement des gestes des membres du cheval, donc du rassemblé.

Pour l’écuyer allemand l’assouplissement du cheval, qui mène au rassemblé, se fait par des actions d’ensemble. Steinbrecht veut que l’on assouplisse les chevaux tout d’une pièce et que l’on combatte la résistance de ce dernier dans son ensemble. La pièce maîtresse des assouplissements, l’exercice principal qu’il faut faire pratiquer au cheval quand on veut le mettre en haute école, est pour Steinbrecht l’épaule en dedans. Durant cet air, le cheval marche de côté, les épaules en avant des hanches, de façon plus ou moins prononcée, selon le stade du travail, avec une légère incurvation de l’ensemble de sa tige vertébrale, de la nuque à la queue. Pour le maître allemand tous les autres mouvements, de basse ou de haute école, découlent de l’épaule en dedans. Qu’il s’agisse des appuyers, du piaffer ou de la pesade ou de tout autre air, tous prennent selon lui leur origine dans l’épaule en dedans. Pour Steinbrecht le soin apporté à l’apprentissage de l’épaule en dedans chez le cheval neuf conditionne le reste du travail. Une fois cet exercice mené jusqu'à sa perfection, le reste n’est plus qu’affaire de gymnastique pensée et adaptée pour sa monture. Passer du simple au composé, de l’épaule en dedans aux appuyers[1] puis à airs de haute école et enfin aux sauts d’école.

Il n’existe selon Steinbrecht qu’une seule façon de juger de la correction du dressage d’un cheval, outre la facilité à faire exécuter au dit cheval les airs les plus complexes. Il s’agit de constater si l’appui du cheval sur son mord est correct ou non. En effet dans l’idéal un cheval doit se poser sur le mord, mais sans peser dessus. C’est à cette condition que le cheval montre qu’il est en confiance et se livre totalement à son cavalier. L’impulsion, qualité première du cheval d’école, se transmet alors depuis les postérieurs, à travers toute la colonne vertébrale du cheval jusqu'à sa bouche. Le cavalier la réceptionne alors grâce à son mord et peut la diriger à sa guise afin de faire exécuter au cheval le mouvement qu’il désire. Contrairement à ce que beaucoup de cavaliers ont pu croire en lisant Steinbrecht, pour qu’un cheval ait un appui correct sur la main il ne faut certainement pas qu’il charge les bras de son cavalier avec une partie plus ou moins grande de son poids. Il ne devient pas alors nécessaire pour le redresser de le tenir en permanence, à la force des biceps, avec des mains situées trente à quarante centimètres au-dessus du garrot.

Tout ce système n’est concevable pour l’écuyer allemand que s’il est utilisé par un cavalier doué de tact et qui n’utilise pas son cheval comme une machine. Le tact est pour lui la qualité première du cavalier, car seul le tact peut le guider avec sûreté tout au long du dressage. Cela prend du temps et nécessite de la patience. Il faut aimer le cheval pour le dresser, nous fait comprendre Steinbrecht. Ceci implique de respecter les possibilités naturelles du cheval. Comme il le dit lui-même dans son livre « mieux vaut trop peu trop lentement que trop, trop vite ». Il préconise 4 à 6 ans pour mettre un cheval en haute école. Ce qui n’est pas pour lui incompatible avec un autre emploi du cheval en parallèle bien au contraire, la haute école pouvant à l’occasion rendre de précieux services pour les autres missions que peut avoir à remplir le cheval.

 

Fervent défenseur des principes de La Guérinnière, Steinbrecht fut pris d’une véritable phobie anti-Baucher. Cette nouvelle méthode ne respectait pas selon lui la nature du cheval et menait souvent à les abîmer. Il est vrai qu’un mauvais Bauchérisme peut mener à de tels déboires. Cependant aujourd’hui nombre de cavaliers, germaniques ou non, montrent sur les carrés de dressage internationaux des chevaux forcés, encapuchonnés et dénaturés. Ceci montre que lorsqu’elle est mal interprétée, la méthode Steinbrecht est elle aussi très dangereuse pour les chevaux.

 

Steinbrecht est involontairement en partie à l’origine de ces excès des compétitions de dressage sportives. Il les condamne lui-même dès leurs premières manifestations au XIX siècle. Cependant il a exercé sur le dressage international une influence parfois beaucoup plus positive. Outre les progrès qu’accomplit grâce à lui et ses élèves la cavalerie allemande dans le dressage de ses chevaux ses écrits ont influencés grand nombre d’écuyers à titre individuel. Certains devinrent en partie grâce à la lecture du Gymnase du cheval, des écuyers pratiquant la haute école, auréolés d’une renommée mondiale, comme Nuno Oliveira.

 

 

 

Ses élèves :

Plinzer

Elisa Petzold

 

Ses livres :

Le gymnase du cheval

 

Bibliographie :

Steinbrecht, Gustav, Le gymnase du cheval, (traduction du commandant Dupond)

Henriquet, Michel, « l’art équestre », Encyclopédia Universalis, ed. 2011.

Henriquet, Catherine et Michel, Comportement et dressage, Belin, 2009



[1] Appuyer : mouvement du cheval assimilé à un déplacement latéral. Durant ce mouvement le cheval se déplace à la fois vers l’avant et vers le côté, il est incurvé dans le sens de son déplacement. L’exécution correcte de ce mouvement est d’une grande importance dans le dressage des chevaux.

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 11:34

 

Etienne Beudant (1863-1948)

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            Etienne Beudant est un écuyer bauchériste de la fin du XIX siècle, aujourd’hui assez peu connu. Il provoqua l’admiration de ses contemporains pour les incroyables difficultés équestres qu’il parvenait à surmonter.

 

« Vous êtes l’écuyer le plus mirobolant que je connaisse. » c’est par ces mots que le général Decarpentry, d’un naturel pourtant réservé, désignait le capitaine Beudant. Cet écuyer vécu à la fin du XIX siècle et au début du XX. C’était une période d’importants changements technologiques, politiques et militaires, ce qui eut, entre autres choses, beaucoup d’influence sur l’équitation. Les tournants des XIX et XX siècles fût une période d’importante évolution pour cet art. Beudant y participa. Il fit l’admiration de ses contemporains pour sa maîtrise en selle. Pourtant il est aujourd’hui assez peu connu. C’est l’ambition de cet article que d’éclairer un peu cette haute figure de l’art équestre.

 

Biographie :

Beudant naît en 1863, sous le second empire. En 1883, âgé d’a peine vingt ans, il s’engage volontairement dans le 23° régiment des dragons à Meaux. Il se trouve placé sous les ordres d’un brillant écuyer, le colonnel Faverot de Kerbrech. C’est lorsqu’il arrive dans ce régiment que Beudant découvre l’équitation. En 1887 il entre à Saumur comme élève-officier. En 1889 il fait une chute lors d’une épreuve de steeple-chase. Il en suivra 8 jours de coma, mais il s’en sortira indemne. En 1892 il passe une année dans le montana. A son retour en France, en 1893, Beudant est nommé administrateur d’une commune mixte en Algérie. Durant les 10 années suivantes, il signale le dressage de 5 chevaux. En 1897 il fait une chute qui lui vaut 4 mois d’hôpital.

En 1903 Beudant se procure le livre de Faverot de Kerbrech Dressage méthodique du cheval d’après les derniers enseignements de Baucher recueillis par un de ses élèves. Beudant achète à ce moment là une jument de trait et entreprend de la dresser en suivant les principes de ce livre. Il réussit et commence ainsi à pratiquer la haute école.

En 1913 il devient officier de renseignements au Maroc (car il parle l’arabe et connaît bien les populations locales), puis officier des remontes et haras marocains. En 1915 Beudant fait une nouvelle chute qu’il paye de 6 mois d’hôpital. En 1917 Il tombe encore une fois. Cette fois la chute est grave, Il a des lésions sur les hanches. Il ne s’en remet jamais totalement.

En 1922, à l’age de 59 ans, Beudant se retire à Dax. En 1925 il parvient à surmonter la douleur provoquée par ses blessures aux hanches et entreprend son dernier dressage, celui de la jument Vallerine. Beudant n’a  alors, suite a ses nombreuses chutes presque plus aucune mobilité au niveau de son bassin et pas d’avantage de ressources physiques. Il réussit néanmoins à dresser Vallerine en haute école. Il entreprend ce dressage à la demande de deux de ses admirateurs, deux officiers hollandais qui souhaitaient s’initier à sa méthode. Beudant vend la jument à l’un de ses amis en 1927. Il est désormais trop affaibli pour monter à cheval. Bien des années plus tard, en 1947, Il reçoit la visite d’un écuyer amateur, René Bacharach. De cette rencontre naît le projet de Beudant de rééditer et de réécrire son principal ouvrage Extérieur et Haute école. Pendant près d’un an les deux hommes échangent une abondante correspondance autour de ce projet qui est très près d’aboutir. Malheureusement la mort de l’écuyer en 1948 arrête tout et le livre ne sera publié, sous sa forme inachevée, que bien des années plus tard.

 

L’équitation à l’époque de Beudant :

La fin du XIX siècle est la période de remise en question de la place de la cavalerie dans l’armée. Après la défaite de la France face à la Prusse en 1870 on cesse progressivement de voir la cavalerie comme une arme de choc et on dédaigne ses charges sur le plan stratégique. Les mécanisations toujours plus importantes des armées au début du XX siècle ne font qu’accroître cet état de fait. On confie désormais à la cavalerie des missions de renseignement. Cela change considérablement de ce que l’on attend des cavaliers et des chevaux dans l’armée. Ces missions au long cours nécessitent des chevaux endurants et des cavaliers solides en selle. L’entraînement physique des chevaux devient alors plus important que leur dressage. Cette dernière discipline jusque là sauvegardée par les militaires pour le besoin qu’ils en avaient devient de plus en plus rudimentaire dans les régiments.

L’équitation de loisir ou civile est quand à elle dominée par les courses et les concours hippiques. Ce qui a de lourdes conséquences sur les modèles de chevaux employés de part le monde. Aux chevaux souples et naturellement établit sur les hanches que l’on employait jusqu’ici, et qui étaient le plus souvent d’origine ibérique, on préfère les chevaux rapides à l’équilibre naturel sur les épaules, et, pour les épreuves de saut d’obstacle, de grand gabarit. De plus les concours hippiques et surtout les courses, d’endurance, de trot ou de galop, on de très hautes exigences en matière de performances physiques. Ainsi dans l’équitation civile l’entraînement physique des chevaux prévaut également sur leur dressage.

Beudant vit à une époque ou le dressage classique, la haute école, sont en régression. Les difficultés équestres qu’il surmonte semblent alors d’autant plus incroyables à ses contemporains que la majorité d’entre eux ne pratique absolument pas cette discipline. Beudant fait travailler ses chevaux en haute école, leur faisant exécuter des pirouettes, des piaffés et autres pas espagnols. Ceci lui vaut d’être vu comme un brillant écuyer certes, mais également comme un original et parfois comme un sorcier. Il semble d’autant plus à part, en matière d’équitation, à ses contemporains qu’il prend partie dans une controverse équestre de son temps. Beudant s’oppose  au capitaine de Saint Phalle au sujet de l’entendement des chevaux. Ces deux écuyers bauchérisants sont en profond désaccord sur ce point. Saint Phalle pense que les chevaux ne comprennent rien à leur dressage, qu’il ne s’agit que de les gymnastiquer et de mettre en place des réflexes, il va presque jusqu'à en faire des sortes de machines. Cette opinion à beaucoup de partisans à l’époque de Beudant. Ce dernier pense qu’au contraire les chevaux comprennent et cherchent constamment à comprendre ce qu’on leur veut. Là se trouve l’origine de sa méthode de dressage basée avant toutes choses sur la clarté de l’emploi des aides.


La manière de Beudant :

Le premier principe de dressage de Beudant, son principe fondamental, est l’emploi alterné des aides. Ne jamais employer simultanément les aides propulsives et les aides de retenue. On peut résumer cela par la formule très connue de Baucher : « mains sans jambes, jambes sans mains ». Beudant veut ainsi rester le plus clair possible pour son cheval. Il veut éviter de créer chez lui la confusion ce qui génère des résistances et s’avère donc nuisible à son dressage et à son utilisation. Beudant veut également respecter les limites du cheval, ne jamais lui demander plus qu’il ne peut donner. Il parvient ainsi à maintenir son cheval joyeux au travail et préserver sa bonne volonté au lieu de provoquer chez lui l’épuisement et l’écoeurement. Toujours dans un souci de clarté pour le cheval et afin de limiter chez le cavalier les occasions de commettre des erreurs Beudant simplifie toujours plus sa méthode. Il en arrive même durant le dressage de certains de ses chevaux à se passer complètement des exercices d’assouplissement et des déplacements latéraux. Pour Beudant l’objectif est de se rapprocher toujours plus des lois de la nature, des déplacements naturels du cheval, du jeu naturel de ses membres. Il disait souvent « regarder le cheval libre et réfléchir ».  Beudant voulait imiter la nature, styliser les allures naturelles des chevaux. En fait Beudant emploie des procédés bauchéristes, mais son état d’esprit est très proche de celui des écuyers du XVIII siècle. La philosophie équestre de Beudant correspond à celle de l’équitation classique des anciens.

Beudant pratique la haute école, mais pas seulement. En tant qu’agent de renseignement il est amené à pratiquer une équitation d’extérieur. Il pratique également la course et le saut d’obstacle. Cela l’a amené à dire que la haute école n’est pas incompatible avec ces disciplines, elle est même, pour lui, une excellente préparation à leur pratique. Elle rend le cheval docile, souple, endurant et très fort physiquement et permet à son cavalier de le connaître sous tous ses aspects.

Beudant, comme beaucoup de maitres équestres, a été amené à pratiquer l’équitation sur de très mauvais chevaux. Parfois même, comme pour sa jument Haïma, des chevaux dont la conformation ne permettait pas le ramener[1] si cher au dressage classique. Beudant fera pourtant travailler cette jument en haute école. Il émet l’idée que le ramenern’est pas absolument nécessaire dans le dressage d’un cheval, même en haute école, que l’on peut parfois complètement s’en passer. Beudant admet cependant que l’on ne réussit pas toujours sans ce ramener et que c’est un élément qui met énormément le cheval en valeur lorsqu’il travaille.

 

« Ce n’est pas la méthode qui est difficile, c’est l’équitation » disait Beudant. Cet écuyer a surmonté des difficultés équestres inconnues jusqu'à lui, telles que les appuyers au galop en reculé ou le trot espagnol[2] sur place. Dans le dressage de ses chevaux les mécomptes sont inconnus et ses traités d’équitation comptent parmi les plus clairs et les plus précis qui soient. Cependant l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’équitation est que Beudant n’as pas eu d’élèves. A sa mort il ne s’est trouvé personne qui soit dépositaire de son savoir et apte à le transmettre. Beudant était une personnalité discrète en une période de grands changements pour l’équitation, tant sur le plan technique que sur celui de la place réservée à cet art. Beudant s’est tenu à l’écart de ces perturbations, préférant monter ses chevaux pour lui-même et sans chercher à faire valoir ses résultats.

 

Beudant est un écuyer bauchériste. Il emploi les procédés inventés par François Baucher alors que ceux-ci font débat dans le monde de l’équitation. Sa manière relève cependant du dressage classique de part son état d’esprit. Beudant ne cherche qu’à imiter la nature, il ne souhaite pas repousser les limites des chevaux, mais celles de l’équitation. Son art est fondé sur le respect et l’amour du cheval. Beudant n’a pas eu d’élève ou de continuateur direct. Cependant son état d’esprit classique et certains de ses procédés bauchérisants se retrouvent chez certains de ses contemporains, comme le général Decarpentry, ou chez certains écuyers plus récents tels que Nuno Oliveira, ou, plus récemment encore, Philippe Karl.

 

 

 

Quelques uns de ses chevaux (avec les dates d’utilisations lorsqu’elles étaient disponibles) :

Baktha (1903- )

Haïma (1907-1910)

Vieux Jeux II (1908-1910)

Robesart II (1910-1916)

Mabrouk (1914-1916)

Iris (1915-1916)

Nethou II (1916-1917) « Il piaffait sans rênes et sans jambes aussi longtemps que son cavalier le désirait » disait Beudant.

Mimoun (1919-1922) «Je crois qu’un animal dépourvu des qualités nécessaires à un bon cheval d’extérieur peut faire un cheval d’école honorable ».

Vallerine (1925-1927)

 

 

Ses principaux ouvrages :

Main sans jambes

Extérieur et haute école (édition de 1923 et réédition de 1948)

Vallerine

 

 

Bibliographie :

Beudant, Etienne, Extérieur et haute école, éditions acte sud, 2008

Beudant, Etienne, Vallerine, Favre, 2006

Bacharach, René, « La haute et discrète figure du capitaine Beudant », L’année hippique, n° 24, 1966

De Bragance, Diogo, L’équitation de tradition française, Belin, 2005

Henriquet, Michel, "L'art équestre ", Encyclopédia Unversalis, 2011



[1] Position prise par la tête et l’encolure du cheval dans laquelle l’encolure s’arrondit, la nuque en devenant le point le plus haut, et le chanfrein se rapproche de la verticale.

[2] Allure dite de fantaisie dans laquelle le cheval trotte avec une cadence très ralentie tout en tendant ses membres antérieurs a l’horizontale à chaque foulée.

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 15:11

Albert-Eugène Edouard Decarpentry (1878-1956)

 

 decarpentryprofesseur

 

Ecuyer du début du XX siècle. Il fit partie du cadre noir de Saumur et fut juge international de dressage. C’est l’un des rares écuyers adepte de la légèreté et de la haute école à s’être intéressé à la compétition de dressage.

 

« Plus un procédé est puissant, plus les dangers de son application sont grands. » Cette phrase résume bien l’état d’esprit de son auteur, le général Decarpentry. Ce dernier recommandait toujours à ses élèves et à ses lecteurs la plus grande prudence dans le dressage de leurs chevaux. Il fut l’un des premiers écuyers à s’intéresser de près à la compétition de dressage. Il vit très vite les difficultés pour un cavalier qu’il y avait à vouloir la pratiquer et les excès que sa pratique pouvait amener. L’étude de l’œuvre équestre du général Decarpentry peut nous amener à nous interroger sur les liens entre compétition de dressage et haute école et entre équitation militaire et haute école.

 

Biographie :

Decarpentry naît dans une famille plutôt aisée, son père est polytechnicien et éleveur. En 1904, à l’age de 26 ans, il entre au Cadre Noir de Saumur comme élève-officier. Il se passionne pour l’équitation et plus particulièrement le dressage. En 1916 il se blesse au coude. Son médecin le prévient qu’il risque d’être ankylosé, il lui demande de pouvoir garder « la position de la main de bride ». En 1925 il devient le commandant en second de l’école d’équitation de Saumur. Il le reste jusqu’en 1931. C’est durant cette période que le général Decarpentry est l’instructeur de Xavier Lesage, futur champion Olympique de dressage. Le général est salué par Wattel, un autre brillant écuyer du début du XX siècle, comme le « plus savant » écuyer de sa génération.

Attiré sans doute par la compétition, Decarpentry devient en 1933, juge international de dressage. C’est face aux erreurs de certains candidats français, qui commencent la haute école avec des chevaux ne maîtrisant qu’à peu près la basse école dit-il, qu’il a l’idée d’écrire son ouvrage le plus connu, Equitation académique. Après la seconde guerre mondiale, en 1947 il préside le jury de la Fédération Equestre internationale (FEI) pour les épreuves de Dressage. Il le préside jusqu’en 1956, date de sa mort.

 

La compétition de dressage durant la première moitié du XX siècle :

Le début du XX siècle est marqué, en équitation, par un paradoxe. C’est le début des compétitions de dressage internationales et c’est également une période de recul et de décadence de la haute école. La crise de cette discipline est à tel point avancée qu’en 1930 il fut même question de retirer les airs de haute école des programmes des épreuves de dressage, même les grands prix. Cette crise de la haute école s’explique par le fait qu’il n’existe pas au début du XX siècle en France, et même à l’étranger, exception faite de l’Autriche, de conservatoire d’art équestre. De plus les derniers grands maîtres de la haute école, qui en France sont les maîtres Bauchériste qui avaient émerveillé les foules au XIX siècle par leur tact équestre, disparaissent tous les uns après les autres. L’un des derniers de ces maîtres, le général L’Hotte meurt en 1904. Il devient alors très difficile pour la grande majorité des cavaliers de trouver un enseignement sur la haute école. Seul subsiste l’enseignement écrit. Ce dernier n’est pas toujours facile d’emploi et nécessite beaucoup de temps pour expérimenter en selle ce qui a été lu. Ce temps fait souvent défaut. Ainsi s’explique que l’on voit souvent des cavaliers présenter lors des concours de dressage des chevaux maîtrisant moyennement la haute école et encore plus mal la basse école, car celle-ci a été rapidement expédiée afin de passer aux exercices les plus difficiles. Le dressage de beaucoup de chevaux au début du XX siècle s’édifie sur des à peu près. Ce phénomène est aggravé à partir de 1929 par la crise économique qui frappe progressivement le monde entier. En effet les classes moyennes voient leur pouvoir d’achat chuter et leur niveau de vie diminuer. Les loisirs, comme l’équitation, comptent parmi les premières dépenses à être abandonnées. Seuls continuent à pratiquer l’équitation les plus riches. Leurs moyens financiers leur permettent d’acheter les meilleurs chevaux, afin de compenser les difficultés équestres que l’enseignement, faute de maîtres en nombre suffisants, ne peut que difficilement résoudre. Commence alors une nouvelle pratique dans les compétitions équestres, celle qui consiste à ne présenter en concours que les meilleurs modèles de chevaux, ceux qui ont déjà naturellement les caractéristiques du cheval dressé. Cette pratique amène l’élevage à faire des progrès considérables et à produire des chevaux d’une qualité à peine imaginable quelques décennies plutôt. Cela amène également l’art équestre à être négligé, plus question de passer des années à apprendre à dresser un cheval en haute école, on préfère acheter le meilleur cheval, celui capable d’exécuter tous les airs naturellement.

Ce déclin de la haute école est encore accentué par un profond changement qui s’opère durant la première moitié du XX siècle. La fin de tout emploi du cheval autre que pour le loisir. Le cheval ne sert plus ni aux transports, ni au travail des champs, ni au combat. Plus besoin donc d’une technique équestre aussi affûtée qu’auparavant. L’équitation n’est plus qu’un loisir. C’est à cette époque, au début du XX siècle, qu’en France, l’armée devient l’un des derniers refuges de la haute école. C’est au début de ce siècle que la haute école fait véritablement son entrée au Cadre Noir de Saumur, alors que ce n’était jusque là qu’une simple école d’officiers de cavalerie. Le Cadre Noir commence alors à devenir un conservatoire d’art équestre. Les militaires de Saumur sont à tel point isolés dans leur pratique de la haute école en France que jusqu’au début des années 1950 tous les concurrents français des concours de dressage internationaux seront exclusivement choisis parmi eux. La cavalerie qui avait inventé pour ainsi dire la haute école entre le XVI et XVIII siècle et semblait l’avoir abandonnée au XIX siècle, semble la retrouver durant l’entre deux guerres.

 

L’équitation Académique :

La manière du Général Decarpentry est incontestablement bauchériste. Flexions, pirouettes renversées et valse sont les principaux procédés employés par le général, tous inventés ou recommandés par Baucher. La recherche de la légèreté est le souci principal du Général, tout comme elle était celui de Baucher et l’admiration de Decarpentry pour cet écuyer est bien connue. Cependant l’équitation de Decarpentry comprend un certain nombre d’éléments provenant de l’équitation ancienne, de l’école de Versailles. Par exemple l’épaule en dedans ou les appuyers. Ecuyer extrêmement cultivé, le général Decarpentry ne s’en est pas tenu aux enseignements de Baucher et de ses successeurs, il s’est bien évidemment intéressé aux textes de La Guérrinière et autres Pluvinel.

L’équitation du général Decarpentry se caractérise aussi par une certaine importance donnée au reculé. Comme test afin de savoir si le cheval est prêt à aborder la haute école, comme air utile lorsque l’on monte en extérieur mais aussi et surtout comme exercice gymnastique pour le rein et le dos. Decarpentry semble désapprouver les allures espagnoles qui selon lui modifient le jeu naturel des membres du cheval.

Enfin le général utilise également le travail à pied, à la longe, aux longues rênes et aussi aux piliers pour dresser ses chevaux. Le travail aux piliers avait presque disparu du paysage équestre, sinon mondial, au moins français depuis la fin du XVIII siècle.

En tant que juge de dressage et président du jury de la FEI pour les compétitions de dressage Decarpentry souhaitait faire tout son possible pour limiter les mauvaises pratiques auxquelles pouvais mener la compétition de dressage. Il souhaitait maintenir l’art équestre dans la compétition. On peut constater son échec au travers de quelques exemples. L’impasse faite sur le trot d’école lors des reprises, même de grand prix. La préférence attribuée aux allures naturelles amples et rasantes et aux gestes spectaculaires au détriment de tous les autres modèles de chevaux. La présentation de chevaux maintenus artificiellement par leurs cavaliers en équilibre aux moyens de leurs mains, situées trente bons centimètres au dessus du garrot. Les temps de suspension lors du  passage de beaucoup de chevaux de compétition qui sont bien d’avantage marqué sur leurs mords que sur le sol. Et l’ont pourrait en citer bien d’autres. Mais que faire quand ce sont les juges eux-mêmes qui ne respectent pas le règlement des compétitions de dressage ? Un seul exemple sera cité, le trot d’école. Ce trot rassemblé est normalement imposé aux candidats par le règlement lorsqu’ils effectuent un appuyer lors d’une reprise Saint-Georges. Cependant les juges mettent une note sanction à tout cavalier qui présente un cheval faisant des appuyers dans un trot insuffisamment étendu au cours de cette épreuve. Le général Decarpentry décrivait le trot d’école comme la pierre de touche du dressage. Cela est souvent oublié par ceux qui sont les premiers à reconnaître les qualités de son œuvre écrite.

 

Excellent praticien, le général Decarpentry fut avant tout un excellent professeur d’équitation. Son but équestre principal était moins d’améliorer les procédés de dressage des chevaux que de trouver la meilleure manière de les enseigner. C’est sans nul doute l’une des principales raisons qui motivèrent son œuvre écrite, qui lui apporta plus de renommée que ses nombreuses réussites équestres. Le général Decaprentry ne souhaitait pas vraiment exposer sa méthode. Il souhaitait avant tout donner au plus grand nombre de cavaliers possibles l’accès aux connaissances permettant de dresser un cheval jusqu’en haute école.

 

Fortement impliqué dans les compétitions de dressage le général Decarpentry sert avant tout de référence aux cavaliers pratiquant ce que l’on nomme aujourd’hui l’équitation artistique. Cette même équitation qui boude les compétitions et est regardée de haut par les compétiteurs. Ainsi C’est Nuno Oliveira, et non les jurys de dressage, qui recommandait la lecture de L’équitation académique.

 

 

 

Ses principaux élèves :

Xavier Lesage

 

Ses livres :

L’école espagnole de Vienne

Baucher et son école

Piaffer et passage

Equitation académique

Les maîtres écuyers du manège de Saumur

L’essentiel de la méthode de haute école de Raabe

 

Bibliographie :

Decarpentry, Alber-Eugène, Equitation académique, Lavauzelle, 1991

Henriquet, Michel, Comportement et dressage, Belin, 2009

Bragance, Diogo de, Equitation de tradition française, Belin, 2005

Karl, Philippe, Dérives du dressage moderne, Belin, 2006

Henriquet, Michel, « l’art équestre », Encyclopédia Universalis, 2011

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