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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 17:17

François Baucher (1796-1873)

 

baucherpartisanpiaffer 

 

Ecuyer Français du XIX siècle qui a inventé plusieurs airs de haute école et quantité de nouveaux procédés destinés au dressage des chevaux de pur sang en haute école. Baucher a présenté la plus part de ses chevaux d’école au cirque.

 

Ecuyer français célébrissime, Baucher doit sa notoriété aussi bien à ses procédés novateurs et sa maestria en selle qu’à son manque de modestie. Il est l’inventeur de nombreux procédés de domination du cheval extrêmement puissants et souvent extrêmement controversés. La nouvelle manière de dresser les chevaux que cet écuyer construit petit à petit au cours du XIX siècle est en totale opposition avec les règles équestres établies jusqu’alors. La manière de Baucher rencontre cependant un franc succès dans une grande partie de l’Europe. Ce succès à été la cause de bien des excès dans la pratique de cette méthode, ce dont le maître lui-même s’est rendu compte.

 

Biographie :

Baucher naît en 1796 à Versailles dans une famille modeste, son père est vendeur de vin. En 1810 alors qu’il n’a que 14 ans il part chez son oncle qui dirige les écuries du duc Borghèse à Milan. Baucher y suit les leçons du maître Frederico Mazzucheli. Il rentre ensuite en France et devient piqueur chez le duc de Berry jusqu’en 1820.

En 1833 Baucher publie son premier livre, le Dictionnaire d’équitation. L’année suivante il officie à Paris au manège de la rue Saint Martin. C’est là que commence la rivalité entre Baucher et le comte d’Aure. Durant cette période Baucher se produit au cirque des Champs Elysée. Il accepte ces présentations à la seule condition de ne partager la vedette avec personne. C’est à ce moment qu’il revendique la paternité du changement de pied au temps, que le comte d’Aure revendique également.

La rivalité entre les deux écuyers atteint son apogée au cours de ce que l’on appelle « l’affaire Géricault », en 1842. Géricault était un pur sang anglais appartenant à lord Seymour et considéré comme indomptable. Après l’échec de l’un des élèves de d’Aure à rester en selle sur ce cheval, Baucher le présente au cirque après un dressage de seulement 4 semaines. L’écuyer semble avoir remporté la bataille mais peu après d’Aure est choisi pour occuper le poste d’écuyer en chef du Cadre noir de Saumur, poste que Baucher avait convoité toute sa vie sans jamais l’obtenir.

Baucher poursuit le travail de ses chevaux dans le manège de la rue Saint-Martin. En 1855, alors qu’il était en train d’y travailler un cheval à pied l’un des lustres du manège se décroche et lui tombe dessus. L’une des ses jambes est cassée. Baucher ne se remet jamais complètement de cette blessure et reste jusqu'à la fin de sa vie avec un certain handicap physique. Cet événement est l’une des causes qui l’amène à repenser sa méthode de dressage. Il la raffine et l’améliore afin que le cavalier n’ait plus autant besoin de recourir à ses capacités physiques. Il donne également une place plus importante au travail à pied. Quelques années après son accident il publie la douzième édition de son Dictionnaire d’équitation qui contient les changements considérables qu’il a apporté à son système de dressage. Jusqu'à la fin de sa vie Baucher se fait plus discret. Depuis son accident il ne présente plus ses chevaux au cirque et monte tôt le matin sans public. Il meurt en 1873.

 

La haute école au XIX siècle :

Lorsque Baucher rentre en France après avoir suivit l’enseignement de son maître en Italie, la haute école ancienne, l’équitation de l’école de Versailles, a déjà commencé son déclin. Après la fermeture de cette école durant la Révolution française la plus part des écuyers formés à la haute école qui sont des nobles partent à l’étranger. La disparition des maîtres équestres français du territoire est l’une des conséquences de l’émigration des nobles dès 1790. Ainsi au début du XIX siècle il ne reste plus que quelques écuyers formés selon l’ancienne manière et seul quelques uns de leurs disciples reçoivent encore cet enseignement, le plus souvent de manière partielle.

La conservation de cette tradition ne peut se faire, d’autant plus qu’au XIX siècle la mode est aux chevaux de purs sangs anglais, et non plus comme aux siècles précédents, aux chevaux ibériques. Ce changement est d’importance. En effet la conformation des chevaux de purs sangs diffère considérablement de celle du genet d’Espagne. Les chevaux de la péninsule ibérique on des allures naturelles assez raccourcies et relevées complétées par un équilibre naturel vers les hanches. Le pur sang au contraire est taillé pour la vitesse, il dispose d’allures rasantes, d’un équilibre naturel sur les épaules et n’a que peu de disposition pour les airs rassemblés et relevés. Les rares pratiquants de l’équitation versaillaise qui vivent encore au début du XIX siècle sont obligés d’adapter et de moderniser leur équitation pour répondre aux problèmes soulevés par ce nouveau modèle de chevaux.

Baucher crée sa nouvelle manière dans un contexte de vide presque total en matière d’enseignements équestres conjugué à un besoin urgent de répondre à de nouveaux problèmes. Ceci explique le succès rapide de sa méthode, l’écuyer est l’un des seuls à proposer une réponse complète aux problèmes équestre de ses contemporains. Ces derniers sont d’ailleurs d’autant plus sensibles à l’enseignement de Baucher que le contexte dans lequel se pratique l’équitation et la haute école au XIX siècle est nouveau.

En effet jusqu'à la fin du XVIII siècle la haute école était le domaine réservé de la noblesse et cette discipline était d’abord pensée pour répondre aux problèmes posés par l’emploi du cheval sur le champ de bataille. Tel n’est plus le cas au XIX siècle, l’équitation et la haute école commencent à se répandre dans les milieux non nobles. Baucher n’est pas un officier du roi qui enseigne à la noblesse militaire française. C’est un écuyer civil qui donne des leçons à tous ceux qui ont les moyens financiers de pratiquer l’équitation. Baucher ne montre pas le résultat de son travail au cours de joutes, sur les champs de bataille ou dans les fêtes royales. Il montre les chevaux qu’il a dressés au cirque.

La XIX siècle est l’age d’or du cirque et les numéros de haute école sont toujours le clou du spectacle. Fini les limites strictes imposées par le cadre du tournoi et les contraintes imposées par le champ de bataille. L’écuyer est maintenant libre dresser ses chevaux à présenter tous les airs qu’il imagine. Cette nouvelle liberté offerte aux écuyers permet à Baucher de créer une nouvelle manière de dresser et de nouveaux airs de haute école, comme le changement de pieds au temps ou le galop en reculer. Cela implique parfois des oppositions de principes fortes entre Baucher et les quelques pratiquants de l’équitation ancienne qui vivent à son époque, comme le comte d’Aure.

Baucher se veut révolutionnaire et rejette en bloc l’équitation de Versailles. Cette tendance à la révolte n’est pas seulement un trait de caractère de Baucher, c’est un trait de caractère du XIX siècle pourrait-on dire. En politique les libéraux avancent à cette époque des idées nouvelles. En littérature, et dans les arts de manière générale, les romantiques font de même et rejettent les courants antérieurs. Baucher est leur contemporain. Il connaît les romantiques et les côtoie, le poète Lamartine  et le peintre Delacroix ne sont-ils pas ses amis ? Baucher est pénétré par les idées nouvelles de son siècle. On peut presque trouver dans certains passages de son oeuvre ce que l'on pourrait considérer comme une attirance pour les idées socialistes. Par exemple lorsque dans sa Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes il dit " Mais les écuyers  peuvent prétendre à des résultats plus brillants encore. S'ils parvenaient à faciliter  la bonne éducation des chevaux inférieurs, ils populariseraient au sein des masses l'étude de l'équitation ; ils mettraient aussi à la portée des bourses moyennes, si nombreuses dans notre pays d'égalité, la pratique d'un art qui jusqu'a ce jour est resté l'apanage des grandes fortunes. Tel a été pour mon compte le but des travaux de toute ma vie". 

Devant les tendances à l’innovation de ses contemporains et de ses amis, Baucher peut être prit du même désir d’apporter quelque chose de neuf dans son domaine lui aussi. Ses amis peuvent également l’encourager à aller de l’avant et à bousculer les principes séculaires établis. La période semble propice à un renouvellement de l’équitation. Après tout le surnom du XIX siècle est bien le siècle des révolutions.

 

Les manières de Bauchers :

Ce titre s’explique par le fait qu’il n’y a pas qu’une manière de Baucher. A dire vrai on pourrait presque compter autant de bauchérismes différents qu’il y a d’écuyers bauchéristes. Par habitude, on a coutume de distinguer 2 manières de Baucher, suivant les changements que le maître à lui-même intégrés à sa méthode. C’est ce découpage qui sera suivit ici.

La première manière de Baucher :

Ce Bauchérisme primitif est caractérisé par la recherche du ramener comme première et principale priorité du dresseur. Ce ramener est très accentué, parfois même jusqu'à ramener le chanfrein du cheval en deçà de la verticale. Le rassembler est ensuite recherché par l’emploi simultané des aides propulsives, jambes, gaule et éperons, et des aides rétro propulsives, mains et dos. La main devient une barrière qui règle la forme que prend la dépense de l’impulsion du cheval. Cela n’est possible bien entendu que si l’on monte avec la main fixe. La fixité de la main est l’une des grandes découvertes de Baucher. Cet emploi des aides amène le cheval à engager fortement ses postérieurs sous sa masse, mais également à ramener les antérieurs loin en arrière de leur ligne d’aplomb. Le cheval prend alors la position dite de l’isard sur le pic. Cette position a été très critiquée par les détracteurs de Baucher. Elle est cependant moins antinaturelle qu’il n’y paraît puisqu’un cheval qui mange sa litière dans son box peut la prendre de lui-même. Cette position reste également un très bon moyen de gymnastiquer et d’assouplir le rein et le dos du cheval. Cependant la position de l’isard sur le pic ne peut être qu’un moyen de correction temporaire d’un défaut du cheval, pas un but en soi.

L’autre grande caractéristique du Bauchérisme primitif, et qui reste inchangée dans la seconde manière du maître est la décomposition des résistances du cheval. En effet, au contraire de l’équitation ancienne qui assouplissait le cheval « tout d’une pièce » comme le disait Baucher lui-même, et qui combattait la résistance d’ensemble de l’animal, l’écuyer français fractionne cette résistance d’ensemble en résistances locales. Il assouplit son cheval morceau par morceau. Ceci explique le surnom qu’on donne parfois aux écuyers bauchéristes de découpeurs. Cette pratique appelle des procédés spécifiques qui immobilisent une grande partie du cheval pour ne laisser fonctionner que la partie que l’on souhaite faire gagner en souplesse. Baucher emploie ainsi les flexions de mâchoires, les flexions de nuque, la pirouette renversée et la pirouette. Dans le bauchérisme primitif les flexions de mâchoires sont le seul travail que l’écuyer effectue à pied. Le travail en main est très peu exploité par la première manière.

La seconde manière de Baucher :

Elle a pour origine la réduction de moyens physiques dont est victime Baucher après son accident de 1855 ainsi que le constat qu’il fait en voyant que beaucoup de cavaliers se trompent en employant sa méthode. Il cherche donc à la simplifier et à la rendre plus facile d’accès. Baucher a le souci à ce moment de sa vie de rechercher le plus de légèreté possible à cheval. Cette légèreté trouve son expression dans la descente d’aide, le moment ou les mains et les jambes du cavalier cessent d’agir sans que le cheval ne s’arrête.

Le premier élément nouveau de cette seconde manière réside dans la recherche du ramener. En effet celui-ci n’est plus recherché de prime abord. L’élévation de l’encolure le précède. Il est ensuite obtenu par l’avancée du corps en direction de la tête du cheval et ne va jamais au-delà de la verticale du chanfrein du cheval. Une seule exception à cette règle existe dans cette seconde manière qui consiste dans le travail au ramené outré. Ce travail ne devant dans l’idéal s’effectuer qu’au compte goutte en fin de séance sur un cheval avec un niveau de dressage déjà un peu avancé. Son objectif est de fixer définitivement la position de la tête et de l’encolure dans un ramener correct, afin que cette positon ne se perdre plus, même dans les mouvements les plus difficiles.

Le deuxième changement d’importance qui apparaît dans cette deuxième manière est résumé par la formule de Baucher lui-même « main sans jambes, jambes sans mains ». L’écuyer préconise maintenant l’alternance des aides propulsives et des aides de retenue afin de préserver la clarté du langage des aides pour le cheval. Cette séparation dans l’emploi des aides devient plus théorique au fur et mesure que le dressage du cheval est poussé plus loin car Baucher précise, comme nombre de ses élèves après lui, que plus on se dirige vers la haute école plus il y a lieu de rapprocher l’emploi des aides propulsives et de retenue, dans l’idéal sans qu’elles deviennent cependant simultanées.

Enfin dans cette seconde manière Baucher améliore l’un de ses plus puissants procédés, l’effet d’ensemble sur l’éperon. Ce procédé est sans doute le plus puissant procédé de domination du cheval existant à l’heure actuelle, mais comme le dit lui-même le maître français c’est « un rasoir entre les mains d’un singe ». Combien de cavaliers s’y sont essayés sans assez de précautions sur des chevaux n’y étant pas préparés et n’ont ainsi réussi qu’à les éteindre ou à les rendre rétifs ? Sans doute beaucoup. L’effet d’ensemble consiste en une pression des jambes appuyée par une attaque des éperons, les jambes étant placées un peu en avant de leur position habituelle dans la sangle. Cette pression est accompagnée d’un retrait du buste et de la résistance de la main (d’une main fixe bien entendue). Les éperons agissent ainsi sur les pectoraux, le sterno-hyoidien, c'est-à-dire le muscle allant du sternum au plancher de la bouche, et par contagion sur les mastoido-huméraux. La contraction, la tétanisation presque de ces muscles, bloque le jeu des antérieurs, oblige la nuque à se refermer et la mâchoire à se mobiliser, provoquant un léger mouvement de déglutition. Correctement employé l’effet d’ensemble est un moyen imparable de stopper un cheval, de le décontracter et de le remettre entre les aides. Dans sa première manière Baucher avait fait de l’effet d’ensemble le point de départ du dressage de ses chevaux et en faisait un emploi très important. Afin d’aider les cavaliers qui se procurent ses livres, il en améliore la définition et en change l’emploi. Dans la deuxième manière l’effet d’ensemble sur l’éperon devient un procédé rare à n’employer qu’en cas de nécessité, à dose homéopathique et seulement si certaines conditions sont réunies dans le dressage du cheval sur lequel on songe à l’employer. Baucher souhaite ici limiter les excès souvent pratiqués par les écuyers qui emploient sa méthode. Il recherche le respect du cheval et l’emploi le plus limité possible des ressources physiques du cavalier.

 

Baucher a bien inventé une nouvelle équitation. Ayant en partie les mêmes buts que les maîtres équestres des siècles précédents il a inventé de nouveaux procédés afin de s’adapter au nouveau modèle de cheval en vogue à son époque, le pur sang anglais. Sa nouvelle manière, qui est sans faille entre ses mains, génère dans son emploi des risques proportionnels à sa puissance. De nombreux cavaliers en feront l’amère expérience et leur exemple servira de réserve de munition aux adeptes de Baucher.

 

Aujourd’hui le bauchérisme pur n’est plus pratiqué. Le dernier grand écuyer bauchériste, René Bacharach, s’est éteint en 1991. Cependant, depuis la seconde guerre mondiale de nombreux cavaliers se sont attelés à faire une synthèse de l’équitation ancienne versaillaise et de la méthode de Baucher. Ils ont tenté de conjuguer ces procédés parfois très différents. Il y a eut quelques fois des succès assez éclatants dans ce domaine, comme ceux de Nuno Oliveira, de Diogo de Bragance ou de Philippe Karl.

 

 

 

Quelques uns de ses chevaux :

Kleber,

Turban,

Bloc,

Picardie,

Shander,

Stades,

Partisan,

Capitaine,

Buridan,

Géricault,

Bienfaisant

 

Quelques uns de ses élèves :

Général Alexis L’Hotte,

Général Faverot de Kerbrecht,

Capitaine Raabe

Frederico da Cunha

 

Ses principaux ouvrages :

Résumé complet de la nouvelle méthode d’équitation

Passe-temps équestre

Dialogue sur l’équitation

Méthode d’équitation basée sur de nouveaux principes

Dictionnaire d’équitation

 

Bibliographie :

Karl, Philippe, Une certaine idée du dressage, Belin, 2008

Karl, Philippe, Dérives du dressage moderne, Belin, 2006

Bragance, Diogo de, L’équitation de tradition française, Belin, 2005

Decarpentry, Equitation académique, Lavauzelle, 1991

Beudant, Etienne, Extérieur et haute école, Actes sud, 2008

Oliveira, Nuno, Œuvres complètes, Belin, 2008

Henriquet, Michel, « l’Art équestre », Encyclopédia Universalis, 2011

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Published by Rafael Therond - dans Ecuyers
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